Diète stricte

J’ai pas vraiment l’habitude de bloguer sur des trucs du genre, mais si jamais ça peut être utile à d’autres…

En guise d’avertissement: je parle ici de santé et de digestion. Vais pas entrer dans des détails, mais c’est pas nécessairement agréable à lire à n’importe quel moment. Si vous êtes sensibles à ce genre de truc, ce billet peut avoir un mauvais effet. Aussi, je n’ai aucune formation dans le domaine de la santé, je ne parle que de mon expérience personnelle.

Depuis trois semaines, je suis sur une diète très stricte, recommandée par une naturopathe. Nous essayons d’identifier la cause exacte d’un trouble digestif que je subis depuis une dizaine d’années. Je vous épargne les détails (!) mais après seulement quelques jours (moins d’une semaine), je pouvais déjà voir des effets positifs. Essentiellement, si mon trouble digestif est pas disparu, il a déjà une toute autre proportion que ce qu’il a eu, au cours des dernières années.

Un truc important à noter, c’est que comme n’importe quel aspect de la santé, aucune solution ne convient à tout le monde. Ce que je suis, comme diète, est très spécifique à mes propres ennuis de santé.

Parmi les hypothèses, j’en note trois, principales:

  1. Maladie de cœliaque (intolérance au gluten)
  2. Candida (infection fongique)
  3. Parasite (assez logique, puisque ces troubles ont débuté au Mali)

Quoi qu’il en soit, voici les détails de ma diète…

Permis

  • Riz brun
  • Amande (y compris le lait d’amande non-sucré)
  • Graine de citrouille
  • Petits poissons blancs
  • Millet
  • Sarrasin
  • Saumon du Pacifique
  • Truite
  • Riz blanc
  • Tapioca
  • Maïs
  • Thé vert

    Légumes cuits (en petites quantités)

  • Courgette
  • Courge
  • Algue
  • Chou frisé (“kale”)
  • Carotte
  • Panais
  • Fenouil
  • Oignon
  • Poireau
  • Céleri
  • Pomme de terre
  • Pois
  • Haricot

Restreint

  • Sucre
  • Gluten
  • Produit fermenté
  • Alcool
  • Produit laitier
  • Fruit
  • Viande
  • Levure
  • Champignon
  • Tomate
  • Œuf
  • Poivron
  • Légume cru
  • Café
  • Thé noir
  • Saumon de l’Atlantique
  • Noix (autres que les amandes)
  • Légumineuses (autres que les pois et les haricots)

Honnêtement, c’est pas facile à tenir, comme diète. Au début, ce sont surtout les fruits qui me manquaient. Ces temps-ci, j’ai surtout envie d’œufs. Il y a eu plusieurs moments où j’aurais vraiment aimé pouvoir boire du café. Et je m’ennuie de la viande. Sans compter que je peux pratiquement rien manger en resto.

Faut dire que plusieurs de mes plaisirs passent par la bouffe ou par des situations qui tournent autour de la bouffe. On a beau dire, le thé vert a pas le même rôle que l’alcool ou même le café. Et comme je suis maniaque de café et que j’ai été brasseur maison, c’est pas très agréable de devoir me passer de tout ça. Compte tenu, surtout, de mon approche hédoniste.

M’ennuie de la diversité!

Sans compter que les restrictions alimentaires forment un sujet de conversation assez peu stimulant. Parler de ce genre de chose, c’est le contraire de briser la glace. Pas que ça cause un froid, mais c’est un sujet qui peut facilement monopoliser l’attention et qui amène rien de très utile.

Donc, pour un papillon social, c’est spécialement difficile, comme situation. Oh, je m’adapte. Je suis pas comme quelqu’un qui essaie d’arrêter de fumer ou de boire. Mais ça bouscule beaucoup de choses, dans ma vie. Ma joie de vivre est difficile à maintenir, même si les choses se passent bien dans d’autres dimensions de ma vie.

Mais il y a des bons côtés. Y compris les effets positifs sur ma santé.

Un effet intéressant de tout ça, c’est que je me suis mis à cuisiner tous mes repas, parfois en assez grandes quantités. Ça faisait un moment que je voulais m’y remettre et c’était pas idéal comme moment, mais ça s’est assez bien passé jusqu’à maintenant.

Et j’ai fait quelques «découvertes pour moi-même». Par exemple, je me rends compte que j’aime bien le millet, le chou frisé et les algues. Aussi, les graines de citrouilles grillées font un peu l’effet des graines de sésame grillées. Certains craquelins de riz (“rice cakes”) sont plus intéressants que d’autres. Et mon goût pour le thé vert se modifie.

Selon ma naturo, je vais peut-être pouvoir ajouter des éléments à la liste des aliments «permis», une fois qu’elle aurait les résultats de certains tests. J’espère vraiment que ça va être le cas. Si je devais m’astreindre à cette diète sur le long terme, ce serait difficile à vivre. Quelques restrictions à la fois, c’est déjà pas évident. Mais tout en même temps… Ouf!

Mais, bon, il faut ce qu’il faut.

Déjà 1 374 jours depuis mon retour à Montréal

Ma réponse à une discussion sur MtlUrb, à propos du retour à Montréal (dans le contexte de la perception d’un mouvement de personnes vers l’extérieur de Montréal).

Version courte: depuis que je suis revenu à Montréal, je me rends compte qu’il fait bon y vivre.

Je suis né à Montréal en 1972 et, à part des voyages occasionnels, je n’ai pas vécu ailleurs jusqu’en 1994. Par contre, de 1994 à 2008, j’ai déménagé un grand nombre de fois.

Le premier de ces déménagements était vers Lausanne (en Suisse), la ville natale de mon père. J’y ai passé quinze mois dans d’excellentes conditions. D’ailleurs, si la Suisse vivait une sorte de crise économique à l’époque, le climat social était généralement assez positif pour des gens comme moi. Je m’y suis donc senti à mon aise.

Lorsque j’ai quitté Lausanne pour revenir à Montréal, en août 1995, je suis passé d’un milieu où les questions financières étaient taboues à un contexte où les problèmes d’argent dominaient toutes les conversations. Mon impression du Québec en 1995 était celle d’un marasme profond, surtout causé par la situation économique. Ma propre situation financière était relativement positive (elle s’est détérioriée assez rapidement), mais je me sentais comme si tout allait mal pour tout le monde. Les indicateurs économiques de l’époque contredisent probablement mon impression, mais c’est là la grande différence entre une approche macroscopique quantitative et l’expérience vécue.

J’ai passé quelques temps à Montréal depuis ce temps, mais c’est aussi pendant ce temps que je me suis déplacé le plus souvent. Par exemple, de février 2002 à décembre 2007, j’ai effectué 20 déménagements, entre huit villes différentes (au Mali, au Nouveau-Brunswick, en Indiana, au Massachusetts et au Texas). Je revenais à Montréal au cours de plusieurs de ces déménagements. D’ailleurs, je conservais un pied-à-terre à Montréal. Mais je n’étais «installé» nulle part.

Le 26 avril 2008, j’ai effectué mon dernier déménagement en date et je n’ai pas bougé depuis. Je ne peux pas vraiment dire que je me suis installé définitivement à Montréal, mais ces 1374 jours passés dans ma ville natale constituent la plus longue période de stabilité, pour moi, depuis 1994.

C’est d’ailleurs depuis avril 2008 que je redeviens Québécois. Étape par étape.

Si je suis revenu à Montréal, c’est en grande partie pour des raisons personnelles. J’aurais pu aller ailleurs, mais c’était tout compte fait plus facile de revenir ici, du moins temporairement. J’avais même pensé utiliser mon retour à Montréal comme un tremplin vers autre chose (même pensé à Edmonton, à un certain moment; ou même à la Corée). Revenir à Montréal, c’était une «solution de facilité», une “fallback solution”.

Même si mon réseau social s’est distendu au cours de mes déplacements du début du siècle, je conservais plusieurs contacts ici qui m’ont aidé à me reconstruire un système de support social. Revenir à Montréal, c’était renforcer mes contacts avec certains membres de ma famille et avec plusieurs de mes amis.

D’ailleurs, en ce moment, une grande partie de mes contacts sur divers réseaux sociaux en-ligne (Twitter, Facebook, G+, LinkedIn…) sont locaux. Pas que je sois chauvin ou fermé, bien au contraire! En tant qu’anthropologue, je chéris la diversité humaine et j’ai beaucoup apprécié ma vie hors de Montréal. Mais la base locale des réseaux sociaux est un aspect non-négligeable, dans mon cas. Beaucoup de mes rapports sociaux s’effectuent en face-à-face et, hormis quelques cas particuliers, c’est le cas de la plupart des gens. Autrement dit, nous avons beau passer beaucoup de temps en-ligne, les rapports sociaux ont généralement un ancrage dans les interactions directes, locales, «en présentiel».

Ainsi, le fait de revenir à Montréal était, pour moi, une façon de renforcer la partie locale de mon propre réseau social. Je pouvais donc retrouver une vie sociale qu’il m’a été difficile d’avoir lorsque je bougeais d’une ville à l’autre.

D’autres motivations étaient plus professionnelles. Par exemple, ayant enseigné quelques cours à Concordia entre 2006 et 2007, il m’était plus facile d’obtenir des charges de cours à cette université qu’ailleurs dans le monde (même si j’ai eu l’occasion d’enseigner à sept autres endroits, dont cinq aux États-Unis). Évidemment, mon réseau social a aussi contribué aux motivations professionnelles de mon retour à Montréal en me dressant un portrait assez positif de la situation de l’emploi à Montréal. En d’autres termes, je suis revenu à Montréal sur l’impression, provenant de mon réseau social, qu’il était maintenant possible de bien vivre ici.

Cette impression ne s’est pas démentie.

Austin (ATX), capitale du Texas, est le dernier endroit où j’ai habité avant mon retour à Montréal. Contrairement à de nombreuses autres villes américaines à l’époque (fin 2007 et début 2008), ATX était plus ou moins épargnée par la crise financière. C’est du moins ce qui se disait dans les journaux et bars locaux. Même s’il est possible de prouver que la situation d’Austin était plus fragile que ce que l’opinion publique en disait, le fait est qu’il n’y avait pas de marasme économique à ATX à l’époque. Ayant connu un véritable marasme à Montréal en 1995, j’étais à l’affût des signes avant-coureurs d’un problème similaire à Austin douze ans plus tard. Le fait que les gens parlaient quotidiennement de la crise et de problèmes d’argent allait déjà dans le sens du marasme, même si ces mêmes conversations sortaient explicitement ATX de ce bourbier. «Les choses vont vraiment mal, en ce moment. Mais nous sommes épargnés pour l’instant.» Puisque ma propre situation à Austin n’était pas tout à fait reluisante, rien de très encourageant de ce côté. Il est fort possible qu’un manque d’enthousiasme face à la situation économique des États-Unis et du Texas ait été une particularité des milieux sociaux auxquels je me mêlais, à l’époque. Néanmoins, tant dans le milieu universitaire (qui venait de connaître des coupures drastiques) que dans celui plus populaire des brasseurs de bière, un optimisme bien prudent semblait régner.

Le contraste, peu après mon retour à Montréal, était assez flagrant. Malgré divers problèmes économiques, les milieux dans lesquels je me suis (ré)inséré faisaient figure d’oasis de paix, en comparaison avec mon expérience à Austin en 2007–2008 (ou à Montréal en 1995). Ceux qui parlaient de leur situation financière faisaient rarement référence à un problème plus large. Plusieurs personnes quittaient des emplois stables pour se lancer dans divers projets plus risqués. Sans que l’on puisse parler d’euphorie, régnait ici une atmosphère plutôt paisible, face à la situation financière. C’était pas l’âge d’or du Québec (que l’on situe plus facilement lors de la période entre Expo 67 et les JO de 1976).

Il est fort possible que, tout comme celle que j’ai eu d’Austin, mon impression de Montréal provenait des milieux dans lesquels j’œuvrais. Entre autres, il y avait une certaine effervescence dans ce que j’appelle «la scène geek montréalaise». C’est parmi eux que se trouvaient certains des plus idéalistes, qui misaient une partie de leurs vies pour des projets qui leur tenaient à cœur. En 2008, il n’était pas rare pour des membres de cette «scène» de se faire proposer des contrats assez lucratifs sans qu’ils aient besoin d’effectuer des recherches approfondies. Les acteurs du Web, par exemple, trouvaient facilement quelque-chose à faire, sans avoir à chercher bien loin. On parle d’un groupe assez restreint (je l’estimerais à environ 500 personnes), mais la possibilité que j’avais de m’y insérée a contribué assez largement à mon impression de Montréal. D’ailleurs, depuis mon retour, j’ai obtenu plusieurs contrats très intéressants sans avoir à chercher bien activement.

L’autre sphère d’action de ma vie montréalaise, le milieu universitaire, me donnait aussi un certain air de sérénité. S’il y a très peu de postes permanents dans ce milieu, à l’échelle du continent, il m’a été possible de donner de plus en plus de cours, à Concordia. En fait, pour la première fois de ma carrière, je peux dire que j’ai commencé à me tailler une place dans ce milieu. Sans devenir indispensable et tout en gardant un fort sens critique face au milieu académique, je suis plus à l’aise avec mon statut de «chargé de cours + travailleur autonome». D’ailleurs, petit-à-petit, je commence à trouver plus de liens entre les deux dimensions de ma vie professionnelle. Assez confortable, comme situation. Pour moi, ça vaut plus qu’un gros salaire.

Puisque la situation financière du lieu où je vis a beaucoup d’implications sur mon expérience en cet endroit, c’est une bonne occasion de préciser ma pensée là-dessus. Ma propre situation financière a évidemment un impact important sur ma vie, compte tenu d’un système social qui accorde énormément d’importance à l’argent. Mais, ce qui m’affecte le plus, c’est le «climat social» dans lequel je vis. Un marasme ambiant a un impact négatif plus grand sur moi que des problèmes financiers. D’autre part, lorsque l’atmosphère générale est plutôt positive et que les questions d’argent font rarement leur apparition dans les conversations que je peux avoir avec les gens autour de moi, je m’en porte mieux même si ma situation personnelle n’est pas très reluisante.

Et c’est probablement un bon point où terminer cette réflexion au sujet de mon retour à Montréal. Je suis revenu à Montréal (et j’y demeure depuis près de quatre ans) parce qu’il fait bon y vivre.

Du moins, c’est la partie impersonnelle. Pour l’aspect personnel, ce sera pour un autre jours.

Espace social et innovation ouverte

Présentation pour le panel « Innovation ouverte et living labs, la divergence cohésive par les réseaux sociaux ?» organisé par Patrick Dubé dans le cadre de la dixième conférence internationale webcom Montréal.

Café à la montréalaise

Montréal est en passe de (re)devenir une destination pour le café. Mieux encore, la «Renaissance du café à Montréal» risque d’avoir des conséquences bénéfiques pour l’ensemble du milieu culinaire de la métropole québécoise.

Cette thèse peut sembler personnelle et je n’entends pas la proposer de façon dogmatique. Mais en me mêlant au milieu du café à Montréal, j’ai accumulé un certain nombre d’impressions qu’il me ferait plaisir de partager. Il y a même de la «pensée magique» dans tout ça en ce sens qu’il me semble plus facile de rebâtir la scène montréalaise du café si nous avons une idée assez juste de ce qui constitue la spécificité montréalaise.

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Ce que mes amis sont devenus

Quelques anciens de Notre-Dame-de-PontmainOn a bien vieilli!

Quelques anciens de Notre-Dame-de-Pontmain

C’est-tu pas une belle gang, ça? Nous étions quelques anciens de l’école primaire Notre-Dame-de-Pontmain de Laval à bruncher ensemble en ce dimanche, 26 octobre 2008. Une journée à marquer d’une pierre blanche.

via Facebook | Photos de Notre-Dame-de-Pontmain

Il y a quelque-chose de profond dans le fait de revoir des amis d’enfance. Vraiment. C’est un peu difficile à verbaliser, mais ça se comprend bien.

Il y a un peu plus d’un an, je me demandais ce que mes amis étaient devenus. Je cherchais alors à contacter quelques personnes pour les inviter à mon anniversaire de mariage. C’est d’ailleurs en préparant cet anniversaire que j’ai parcouru des réseaux d’anciens. Suite à cet anniversaire, j’ai manifesté ma fierté d’avoir des amis si fascinants. Aujourd’hui, je souhaite de nouveau célébrer l’amitié.

Pour un papillon social, c’est pas très surprenant. J’aime entrer en contact avec les gens, que je les aie connus plus tôt ou non. Que voulez-vous, j’aime le monde. Tel que mentionné dans un billet précédent, je me suis autrefois senti ostracisé. Je sais pas s’il y a une causalité entre mon identité comme papillon social et mon enfance, mais je trouve que c’est un pattern intéressant: le type porté vers les autres, qui passe une enfance plutôt solitaire, devient un papillon social à l’âge adulte. L’image de la «chenille sociale» est assez forte aussi!

Outre la publication de cette photo, ce qui me motive à écrire ce billet c’est Facebook. Si si! Parce que ce petit groupe d’anciens poursuit la discussion. Parce qu’on se «retrouve», dans un sens très profond, grâce à Facebook. Et parce que j’ai revisité ma liste d’amis sur Facebook et je suis encore plus fier.

Voyez-vous, je créais une «liste d’amis» sur Facebook, pour ces anciens du primaire. Cette fonction de liste d’amis sur Facebook est un peu limitée mais elle peut être utile si, comme tout semble l’indiquer, notre groupe d’anciens décide d’organiser d’autres événements. Pour organiser le brunch, j’ai fait parvenir une invitation à tous les membres du groupe Facebook des anciens de notre école alors que j’aurais mieux fait de cibler ceux de ma «cohorte». C’est un petit détail pratique, mais ça m’a permis de réfléchir.

Parce qu’en créant cette liste d’amis, je me suis rendu compte à quel point j’ai une idée assez précise de ce qui me lie à chacun de mes contacts sur Facebook. Dans ce cas-ci, j’ai rapidement pu sélectionner ceux que j’ai rencontrés au primaire, ceux que j’ai connus au secondaire et ceux avec qui je suis allé au Cégep. Parmi les autres, il y a des blogueurs, des musiciens, des spécialistes de la bière et/ou du café, des collègues du milieu académique, quelques amis de mes amis, quelques anciens étudiants et quelques personnes qui ont manifesté un intérêt spécifique à mon égard. Pour le reste, ce sont des gens que j’ai rencontré en-ligne ou hors-ligne, généralement dans un contexte spécifique. Sur 471 contacts que j’ai sur Facebook à l’heure actuelle, moins d’une trentaine (27, pour être précis) que je n’étais pas en mesure d’identifier immédiatement. Parmi eux, peut-être trois ou quatre par rapport auxquels persiste une certaine ambiguïté. Et plusieurs personnes qui font partie de mon réseau direct mais que je n’ai pas rencontré très directement. En d’autres termes, des gens avec qui j’ai des liens moins étroits mais dont la présence dans mon réseau social est «pleine de sens», surtout si on pense aux fameux «liens faibles» (“weak ties”). D’ailleurs, ces liens faibles constituent une part importante de ce que j’ai tendance à appeler «l’effet du papillon social», par référence à l’effet papillon d’Edward Lorenz. Pour mémoire (selon TF1):

Prévisibilité : est-ce que le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas?

Enfin… J’inclue surtout cette citation pour conserver quelques notes au sujet de cet effet. C’est une sorte de digression assez égoïste.

Toujours est-il que… Nous disions donc… Ah… Oui!

«Retrouver» mes amis, mes connaissances, mes liens, ça fait battre mes ailes de papillon social.

Flap flap!

L'intellectuel s'assume

Le personnage de l’intellectuel(le) mérite bien son petit billet. D’autant que son identité est venue se loger à plusieurs reprises dans ma vie, ces derniers temps.

(Pour simplifier, et par référence à un contexte universaliste, j’utiliserai le terme «intellectuel» au masculin comme s’il était neutre.)

Oui, bien entendu, je suis moi-même un intellectuel et je m’assume en tant que tel. D’ailleurs, j’ai d’abord pensé intituler ce billet «Confessions d’un intellectuel solidaire» ou quelque-chose du genre. Mais la formule «Confessions d’un <nom><adjectif>» est déjà assez fréquente, sur ce blogue. Et je ne pense pas seulement de façon introspective à ce personnage.

D’ailleurs, c’est en lisant certains trucs au sujet de la fameuse Affaire Dreyfus que m’est venue l’idée d’écrire un billet sur la notion d’«intellectuel». Il s’avère que l’adoption du terme «intellectuel» pour désigner une certaine catégorie d’individu puisse dater de la France de la fin du XIXè siècle, y compris dans son usage anglais. Cette période historique m’a fortement influencé, surtout par la lecture de divers écrivains français de l’époque. Mais c’est moins par désir de reconstituer une réalité historique que je me mets à parler d’intellectuel que par intérêt pour la construction de personnages sociaux, quels qu’ils soient. Penser au fait que l’intellectuel est construit me permet de remettre en contexte social un ensemble de réalités qui m’apparaissent intéressantes. Surtout qu’elles peuvent facilement être liées à la «culture geek» qui m’intéresse tant, en plus de me toucher directement.

Évidemment, ce n’est pas la première fois que l’intellectuel comme personnage se retrouve sur ce blogue. Mais le contexte semblait particulièrement approprié, aujourd’hui.

Faut dire que je suis allé à un petit brunch avec des amis du primaire. Ça ne surprendra personne de savoir que ces amis me considéraient déjà comme un intellectuel à l’époque. Pas qu’ils aient utilisé le terme. Mais l’étiquette était là. Sauf que, contrairement à ce que j’ai ressenti il y a près de trente ans, cette étiquette n’était pas la base d’un rejet.

D’ailleurs, je pense souvent à la théorie de l’étiquetage. Elle était même présente dans un cours de sociologie que j’enseignais l’été dernier. Pour simplifier: les étiquettes qui nous sont collées ont des implications durables dans nos agissements sociaux. Ou, pour citer Howie Becker selon un dictionnaire suisse:

Le comportement déviant est ce que les gens étiquettent comme tel ; le déviant est celui à qui on a réussi à coller cette étiquette

(Évidemment, j’étends la notion d’étiquetage hors de la déviance au sens strict.)

Dans ce contexte, le comportement d’intellectuel est celui qui est étiquetté comme tel. L’intellectuel est celui à qui on a réussi à coller cette étiquette.

Version personnelle (que j’ai même eu l’occasion d’exposer à un ami du primaire): je me comporte en fonction de l’étiquette d’intellectuel qui a été posée sur moi, dès le jeune âge. Pas que cette étiquette est abusive: elle colle parce qu’elle trouve une surface qui s’y prête. Mais le personnage de l’intellectuel n’est pas naturel, universel, atemporel ou dénué d’ambiguïté.

Parlant d’ambiguïté, faudrait penser à le définir, cet intellectuel.

Selon Wikipedia:

Un intellectuel est une personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d’une forme d’autorité et s’engage dans la sphère publique pour défendre des valeurs.

Pas mal. C’est un peu la base de mon premier billet sur les intellectuels. L’engagement public prend diverses formes et on comprend le lien avec l’Affaire Dreyfus.

Mais les usages communs du terme (et d’«intellectualisme» et “intellectualism“) semblent aller dans diverses autres directions. D’abord, la notion d’une intelligence «supérieure» (que les cognitivistes relativisent si bien mais qui semble consensuelle, socialement). Cette perception de l’intelligence est liée à une forme d’élitisme, l’intellectuel fait partie d’une élite particulière et exclue parfois ceux qui n’en font pas partie. Puis il y a la notion de «rationalité», l’intellectuel conçu comme étant «loin de ses émotions». Ou la maladresse et le manque d’aptitudes manuelles, le terme «intellectuel» alors utilisé pour exprimer un certain mépris. Pour aller plus loin, on peut même dire que le fait de souscrire à un certain dualisme «corps/esprit» est souvent teinté d’«intellectualisme».

Ces dénotations et connotations me semblent toutes appropriées pour décrire un type précis d’intellectuel: le «geek» (j’aime bien «geekette» pour le féminin; il y a relativement peu de femmes geeks). Le personnage du geek est une part important du stéréotype contemporain lié à l’intellectuel. Contrairement au «nerd» des années 1980, le geek a désormais une place de choix au sein de la culture populaire. Et la réhabilitation du geek constitue un mouvement contraire à une vague d’anti-intellectualisme très patente aux États-Unis et dans d’autres sociétés post-industrielles.

Penser au geek en tant qu’intellectuel permet de situer le personnage dans son contexte social. D’un point de vue professionnel, le geek typique est souvent ingénieur, informatien ou scientifique. Le contexte scolaire a souvent accordé beaucoup d’importance aux notes qu’il obtenait. Il est peut-être très apte à entreprendre diverses activités manuelles, il peut même «travailler de ses mains autant que de sa tête», mais son intellect demeure valorisé. C’est «un cerveau», un “brainiac”. Pas que son «niveau d’intelligence» est nécessairement plus élevé que la moyenne, mais le type particulier d’intelligence qui le caractérise correspond largement à l’idée qu’on se fait généralement du «quotient intellectuel»: capacité d’abstraction, sens logique, rapidité à résoudre des équations ou à se remémorer une information, minutie…

Pour revenir à la construction sociale du personnage de l’intellectuel. Malgré certaines transformations au cours du dernier siècle, l’intellectuel conserve un statut social particulier. Dans un modèle d’économie politique (à la fois dans sa version capitaliste que socialiste), l’intellectuel fait partie d’une espèce de classe sociale avec ses caractéristiques particulières. C’est un type de «col blanc» qui ne fait pas un travail très routinier. C’est aussi l’individu qui bénéficie du privilège lié à l’éducation post-secondaire dans les sociétés post-industrielles. C’est celui qui a le loisir de lire et de parfaire son apprentissage. C’est le public-cible de «La Culture», au sens raffiné du terme. C’est peut-être même un snob, un personnage hautain, l’opposé du «vrai monde».

Et c’est là que le mode introspectif me fait réagir: je suis peut-être un intellectuel, mais je suis pas snob. Si je suis «anti-» quoi que ce soit, c’est anti-snob. Et je ne considère pas l’intellectuel comme plus intelligent qu’un autre. Je considère surtout l’intellectuel comme une création des sociétés post-industrielles, basées sur la division pointue du travail social. Même que, ce snobisme, c’est ce qui me dérange le plus du fait d’être intellectuel. C’est probablement pour ça que, même si je m’assume comme intellectuel, je tente souvent d’effacer cette étiquette. «Je suis un intellectuel mais je suis aussi un bon gars.»

Dans mon cas, le fait d’être considéré comme un intellectuel a beaucoup de lien avec mon éloquence perçue. On m’a toujours considéré comme éloquent. Enfant, déjà, je «parlais bien». Du moins, c’est ce qu’on a dit de moi (pas plus tard qu’aujourd’hui). Bon, d’accord, comme l’art oratoire a toujours été valorisé dans ma famille, j’ai probablement été porté à m’amuser avec le verbe. Aussi, je lisais déjà beaucoup, enfant. Et j’écrivais: à l’âge de dix ans, je tapais à la dactylo un petit texte au sujet de la perfection (qui semble logiquement impossible puisqu’elle est une absence de défaut). Et j’avais l’occasion de m’exprimer. Auprès d’adultes, surtout.

D’ailleurs, c’est probablement un point très important. Tout jeune, j’avais des rapports assez étroits avec plusieurs adultes (des amis de mes parents, surtout). J’étais souvent le seul enfant parmi de nombreux adultes. Plusieurs d’entre eux étaient profs (comme mon père). On m’écoutait avec intérêt. Dans une certaine mesure, j’étais presque pavané comme un animal de cirque qui pouvait discourir sur tout et sur rien. Mon père a souvent parlé de tout ça comme d’un problème fondamental. Peut-être par extension, mon étiquette d’intellectuel était perçue comme un problème. Fondamental.

Je considère aujourd’hui que je me suis bien développé. Je suis ce que j’ai toujours voulu être et je peux parfois faire ce que j’ai toujours voulu faire. Je devrais pas avoir honte.

D’être un intellectuel.

Éloge du nombrilisme

Bon, «éloge» c’est un peu fort. Pas vraiment question ici de faire l’apologie de l’égocentrisme, de l’égoïsme ou de l’insensibilité. Mais plusieurs circonstances m’ont mené à penser aux avantages d’une certaine «charité bien ordonnée» qui accorde une certaine place à la compartimentalisation entre soi et l’Autre.

Trame sonore (écouter ici), Actualités chantées par Diane Dufresne.

On n’est pas v’nus au monde pour se r’garder l’nombril mais quand i’ tombe des bombes, faut ben s’mettre à l’abril.

Oui, je sais, la chanson est très ironique. Loin de moi l’idée de m’ensevelir la tête sous le sable. Mais l’idée de base n’est pas si absurde qu’elle n’y paraît, même pour ceux parmi nous dotés (ou victimes) d’une «conscience sociale» et d’une empathie très fortes.

Il est de bon ton, dans certains milieux, de se préoccuper du monde. De s’attrister du sort de son prochain. Surtout si ce prochain est bien loin de nous. Dans le milieu académique, et plus particulièrement en science sociale, cette attention portée aux problèmes vécus par les autres est parfois poussée à sa limite logique. Plusieurs d’entre nous en conçoivent une vision très négative de l’humanité. Pour un humaniste, ce négativisme ambiant peut sembler inadéquat. «C’est bien beau de porter le poids du monde mais toujours faudrait-il percevoir du monde sa beauté.» Sans oublier que ce n’est généralement pas en se morfondant sur les problèmes de la planète qu’on réussit à les résoudre.

Une partie de la question est liée à la communication et aux médias. De façon sans doute plus efficace qu’à aucun autre moment de l’histoire humaine, nous pouvons désormais recevoir les «mauvaises nouvelles» des quatre coins de la planète. Pas que les médias de masse soient la cause ultime de ce que j’ai tendance à percevoir comme un marasme. Mais un même phénomène social à large échelle englobe à la fois le négativisme primaire de certains milieux et cette tendance qu’ont les journalistes de diffuser l’information la plus déprimante qui soit (liée, selon certains, aux nécessités publicitaires). Sans parler d’un lien causal, on peut décrire une certaine cohérence logique: marasme et journalisme «vont très bien ensemble».

Sans vouloir être trop provocateur, peut-être est-ce ici que se situe la «banalité du mal» décrite par Arendt?

Selon moi, l’attitude positive d’Isabelle Bourgeois et de Planet Positive, tout comme l’orientation vers les solutions chez les Reporters d’espoir sont plus à même de canaliser les changements sociaux en fonction des valeurs et idéaux des gens impliqués que l’optique journalistico-misérabiliste qui veut que «tout va mal jusqu’à preuve du contraire».

Comme c’est souvent le cas, il y a à la fois une part sociale et une part individuelle à prendre en compte dans le rapport qu’on pourrait dire «morbide» entre certains bien-pensants et le «sort du monde». Du point de vue individuel, on se rapproche de la psychologie de la névrose, du moins dans son acception usuelle non-diagnostique. Du point de vue social, on pourrait penser à un certain paternalisme: parmi ceux qui s’inquiètent tant du sort du monde se trouvent sans doute plusieurs «donneurs de leçon» qui croient avoir mieux compris que tous les autres. C’est un point de vue critique que j’ai de la difficulté à ne pas entretenir. Mais il s’agit plus d’une réaction personnelle que d’une analyse solide.

Revenons à nos moutons. Et au nombril, centre d’un certain univers.

Le nombrilisme a-t-il une place? De par mon orientation altrocentrique, j’ai tendance à croire que non. Jusqu’à tout récemment, ma vision personnelle du monde n’accordait que peu de valeur à l’égocentrisme, au retour sur soi. Je tolérais l’égoïsme des autres mais j’étais si intransigeant envers mon propre comportement que je n’osais presque pas «penser à moi». Depuis quelques temps, suite à une démarche très personnelle, j’ai appris à être moins sévère à mon égard et à accepter l’indulgence centrée sur soi-même. Il y a un aspect thérapeutique au fait d’accepter de se faire du bien à soi-même.

Ayant déjà énoncé un thème lié à une chanson, voici quelques paroles d’une autre chanson, tirée d’une comédie musicale des années 1920 et interprétée par plusieurs musiciens de Jazz:

I want to be happy
But I won’t be happy
Till I make you happy too.

J’aime bien cette pièce, en tant que standard de Jazz. Mais en tant que perspective sur le bonheur, ces paroles semblent représenter une vision assez problématique: «je ne serai heureux que si je peux te rendre heureux(se)». Un bonheur aussi conditionnel peut-il mener à une réelle sérénité?

Bon, l’extrême inverse n’est probablement pas plus sensé. Une attitude sereine demande une certaine empathie, voire de la sympathie (du moins, pour ceux parmi nous qui ne sont pas ermites). Mais il doit bien y avoir un équilibre à trouver ou, tout simplement, une attitude qui tient compte tout à la fois du bonheur des autres et de son propre bonheur.

Beaucoup d’autres choses à dire sur le sujet. Entre autres, sur l’orientation-bonheur énoncée comme cure à la crise financière ou sur la compartimentalisation nombriliste dans certains contextes culturels (y compris au Québec). Ce sera pour plus tard. Mon propre petit moi individuel égoïste me fait signe.
:D