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Espace social et innovation ouverte

Présentation pour le panel « Innovation ouverte et living labs, la divergence cohésive par les réseaux sociaux ?» organisé par Patrick Dubé dans le cadre de la dixième conférence internationale webcom Montréal.

Présence féminine et culture geek (Journée Ada Lovelace) #ald09

En 2009, la journée de la femme a été hypothéquée d’une heure, dans certaines contrées qui sont passées à l’heure d’été le 8 mars. Pourtant, plus que jamais, c’est aux femmes que nous devrions accorder plus de place. Cette Journée internationale en l’honneur d’Ada Lovelace et des femmes dans les domaines technologiques est une excellente occasion pour discuter de l’importance de la présence féminine pour la pérennité sociale.

Pour un féministe mâle, le fait de parler de condition féminine peut poser certains défis. Qui suis-je, pour parler des femmes? De quel droit pourrais-je m’approprier de la parole qui devrait, selon moi, être accordée aux femmes? Mes propos ne sont-ils pas teintés de biais? C’est donc d’avantage en tant qu’observateur de ce que j’ai tendance à appeler la «culture geek» (voire la «niche geek» ou la «foule geek») que je parle de cette présence féminine.

Au risque de tomber dans le panneau du stéréotype, j’oserais dire qu’une présence accrue des femmes en milieu geek peut avoir des impacts intéressants en fonction de certains rôles impartis aux femmes dans diverses sociétés liées à la culture geek. En d’autres termes, j’aimerais célébrer le pouvoir féminin, bien plus fondamntal que la «force» masculine.

Je fais en cela référence à des notions sur les femmes et les hommes qui m’ont été révélées au cours de mes recherches sur les confréries de chasseurs, au Mali. En apparence exclusivement mâles, les confréries de chasseurs en Afrique de l’ouest accordent une place prépondérante à la féminité. Comme le dit le proverbe, «nous sommes tous dans les bras de nos mères» (bèè y’i ba bolo). Si le père, notre premier rival (i fa y’i faden folo de ye), peut nous donner la force physique, c’est la mère qui nous donne la puissance, le vrai pouvoir.

Loin de moi l’idée d’assigner aux femmes un pouvoir qui ne viendrait que de leur capacité à donner naissance. Ce n’est pas uniquement en tant que mère que la femme se doit d’être respectée. Bien au contraire, les divers rôles des femmes ont tous à être célébrés. Ce qui donne à la maternité une telle importance, d’un point de vue masculin, c’est son universalité: un homme peut ne pas avoir de sœur, d’épouse ou de fille, il peut même ne pas connaître l’identité précise de son père, il a au minimum eu un contact avec sa mère, de la conception à la naissance.

C’est souvent par référence à la maternité que les hommes conçoivent le respect le plus inconditionnel pour la femme. Et l’image maternelle ne doit pas être négligée, même si elle est souvent stéréotypée. Même si le terme «materner» a des connotations péjoratives, il fait appel à un soi adapté et sans motif spécifique. La culture geek a-t-elle besoin de soins maternels?

Une étude récente s’est penchée sur la dimension hormonale des activités des courtiers de Wall Street, surtout en ce qui a trait à la prise de risques. Selon cette étude (décrite dans une baladodiffusion de vulgarisation scientifique), il y aurait un lien entre certains taux d’hormones et un comportement fondé sur le profit à court terme. Ces hormones sont surtout présentes chez de jeunes hommes, qui constituent la majorité de ce groupe professionnel. Si les résultats de cette étude sont valables, un groupe plus diversifié de courtiers, au niveau du sexe et de l’âge, risque d’être plus prudent qu’un groupe dominé par de jeunes hommes.

Malgré d’énormes différences dans le détail, la culture geek a quelques ressemblances avec la composition de Wall Street, du moins au point de vue hormonal. Si l’appât du gain y est moins saillant que sur le plancher de la Bourse, la culture geek accorde une très large place au culte méritocratique de la compétition et à l’image de l’individu brillant et tout-puissant. La prise de risques n’est pas une caractéristique très visible de la culture geek, mais l’approche «résolution de problèmes» (“troubleshooting”) évoque la décision hâtive plutôt que la réflexion approfondie. Le rôle du dialogue équitable et respectueux, sans en être évacué, n’y est que rarement mis en valeur. La culture geek est «internationale», en ce sens qu’elle trouve sa place dans divers lieux du Globe (généralement définis avec une certaine précision en cebuees névralgiques comme la Silicon Valley). Elle est pourtant loin d’être représentative de la diversité humaine. La proportion bien trop basse de femmes liées à la culture geek est une marque importante de ce manque de diversité. Un groupe moins homogène rendrait plus prégnante la notion de coopération et, avec elle, un plus grand soucis de la dignité humaine. Après tout, le vrai humanisme est autant philogyne que philanthrope.

Un principe similaire est énoncé dans le cadre des soins médicaux. Sans être assignées à des tâches spécifiques, associées à leur sexe, la présence de certaines femmes-médecins semble améliorer certains aspects du travail médical. Il y a peut-être un stéréotype implicite dans tout ça et les femmes du secteur médical ne sont probablement pas traitées d’une bien meilleure façon que les femmes d’autres secteurs d’activité. Pourtant, au-delà du stéréotype, l’association entre féminité et relation d’aide semble se maintenir dans l’esprit des membres de certaines sociétés et peut être utilisée pour rendre la médecine plus «humaine», tant dans la diversité que dans cette notion d’empathie raisonnée, évoquée par l’humanisme.

Je ne peux m’empêcher de penser à cette remarquable expérience, il y a quelques années déjà, de participer à un colloque académique à forte présence féminine. En plus d’une proportion élevée de femmes, ce colloque sur la nourriture et la culture donnait la part belle à l’image de la mère nourricière, à l’influence fondamentale de la sphère donestique sur la vie sociale. Bien que mâle, je m’y suis senti à mon aise et je garde de ces quelques jours l’idée qu’un monde un tant soit peu féminisé pouvait avoir des effets intéressants, d’un point de vue social. Un groupe accordant un réel respect à la condition féminine peut être associé à une ambiance empreinte de «soin», une atmosphère “nurturing”.

Le milieu geek peut être très agréable, à divers niveaux, mais la notion de «soin», l’empathie, voire même l’humanisme n’en sont pas des caractéristiques très évidentes. Un monde geek accordant plus d’importance à la présence des femmes serait peut-être plus humain que ce qu’un portrait global de la culture geek semble présager.

Et n’est-ce pas ce qui s’est passé? Le ‘Net s’est partiellement féminisé au cours des dix dernières années et l’émergence du média social est intimement lié à cette transformation «démographique».

D’aucuns parlent de «démocratisation» d’Internet, usant d’un champ lexical associé au journalisme et à la notion d’État-Nation. Bien qu’il s’agisse de parler d’accès plus uniforme aux moyens technologiques, la source de ce discours se situe dans une vision spécifique de la structure social. Un relent de la Révolution Industrielle, peut-être? Le ‘Net étant construit au-delà des frontières politiques, cette vision du monde semble peu appropriée à la communication mondialisée. D’ailleurs, qu’entend-on vraiment par «démocratisation» d’Internet? La participation active de personnes diversifiées aux processus décisionnels qui créent continuellement le ‘Net? La simple juxtaposition de personnes provenant de milieux socio-économiques distincts? La possibilité pour la majorité de la planète d’utiliser certains outils dans le but d’obtenir ces avantages auxquels elle a droit, par prérogative statistique? Si c’est le cas, il en reviendrait aux femmes, majoritaires sur le Globe, de décider du sort du ‘Net. Pourtant, ce sont surtout des hommes qui dominent le ‘Net. Le contrôle exercé par les hommes semble indirect mais il n’en est pas moins réel.

Cet état des choses a tendance à changer. Bien qu’elles ne soient toujours pas dominantes, les femmes sont de plus en plus présentes, en-ligne. Certaines recherches statistiques semblent d’ailleurs leur assigner la majorité dans certaines sphères d’activité en-ligne. Mais mon approche est holistique et qualitative, plutôt que statistique et déterministe. C’est plutôt au sujet des rôles joués par les femmes que je pense. Si certains de ces rôles semblent sortir en ligne direct du stéréotype d’inégalité sexuelle du milieu du XXè siècle, c’est aussi en reconnaissant l’emprise du passé que nous pouvons comprendre certaines dimensions de notre présent. Les choses ont changé, soit. La conscience de ce changement informe certains de nos actes. Peu d’entre nous ont complètement mis de côté cette notion que notre «passé à tous» était patriarcal et misogyne. Et cette notion conserve sa signifiance dans nos gestes quotidiens puisque nous nous comparons à un modèle précis, lié à la domination et à la lutte des classes.

Au risque, encore une fois, de faire appel à des stéréotypes, j’aimerais parler d’une tendance que je trouve fascinante, dans le comportement de certaines femmes au sein du média social. Les blogueuses, par exemple, ont souvent réussi à bâtir des communautés de lectrices fidèles, des petits groupes d’amies qui partagent leurs vies en public. Au lieu de favoriser le plus grand nombre de visites, plusieurs femmes ont fondé leurs activités sur la blogosphère sur des groupes relativement restreints mais très actifs. D’ailleurs, certains blogues de femmes sont l’objet de longues discussions continues, liant les billets les uns aux autres et, même, dépassant le cadre du blogue.

À ce sujet, je fonde certaines de mes idées sur quelques études du phénomène de blogue, parues il y a déjà plusieurs années (et qu’il me serait difficile de localiser en ce moment) et sur certaines observations au sein de certaines «scènes geeks» comme Yulblog. Lors de certains événements mettant en contacts de nombreuses blogueuses, certaines d’entre elles semblaient préférer demeurer en groupe restreint pour une part importante de la durée de l’événement que de multiplier les nouveaux contacts. Il ne s’agit pas ici d’une restriction, certaines femmes sont mieux à même de provoquer l’«effet du papillon social» que la plupart des hommes. Mais il y a une force tranquille dans ces petits regroupements de femmes, qui fondent leur participation à la blogosphère sur des contacts directs et forts plutôt que sur la «pêche au filet». C’est souvent par de très petits groupes très soudés que les changements sociaux se produisent et, des “quilting bees” aux blogues de groupes de femmes, il y a une puissance ignorée.

Il serait probablement abusif de dire que c’est la présence féminine qui a provoqué l’éclosion du média social au cours des dix dernières années. Mais la présence des femmes est liée au fait que le ‘Net ait pu dépasser la «niche geek». Le domaine de ce que certains appellent le «Web 2.0» (ou la sixième culture d’Internet) n’est peut-être pas plus démocratique que le ‘Net du début des années 1990. Mais il est clairement moins exclusif et plus accueillant.

Comme ma tendre moitié l’a lu sur la devanture d’une taverne: «Bienvenue aux dames!»

Les billets publiés en l’honneur de la Journée Ada Lovelace devaient, semble-t-il, se pencher sur des femmes spécifiques, œuvrant dans des domaines technologiques. J’ai préféré «réfléchir à plume haute» au sujet de quelques éléments qui me trottaient dans la tête. Il serait toutefois de bon ton pour moi de mentionner des noms et de ne pas consigner ce billet à une observation purement macroscopique et impersonnelle. Étant peu porté sur l’individualisme, je préfère citer plusieurs femmes, plutôt que de me concentrer sur une d’entre elles. D’autant plus que la femme à laquelle je pense avec le plus d’intensité dit désirer garder une certaine discrétion et, même si elle blogue depuis bien plus longtemps que moi et qu’elle sait très bien se débrouiller avec les outils en question, elle prétend ne pas être associée à la technologie.

J’ai donc décidé de procéder à une simple énumération (alphabétique, j’aime pas les rangs) de quelques femmes dont j’apprécie le travail et qui ont une présence Internet facilement identifiable. Certaines d’entre elles sont très proches de moi. D’autres planent au-dessus de milieux auxquels je suis lié. D’autres encore sont des présences discrètes ou fortes dans un quelconque domaine que j’associe à la culture geek et/ou au média social. Évidemment, j’en oublie des tonnes. Mais c’est un début. Continuons le combat! 😉

La Renaissance du café à Montréal

J’ai récemment publié un très long billet sur la scène du café à Montréal. Sans doûte à cause de sa longueur, ce billet ne semble pas avoir les effets escomptés. J’ai donc décidé de republier ce billet, section par section. Ce billet est la dernière section de ce long billet. Il consiste en une espèce de résumé de la situation actuelle de la scène montréalaise du café, avec un regard porté vers son avenir. Vous pouvez consulter l’introduction qui contient des liens aux autres sections et ainsi avoir un contexte plus large.

À mon humble avis, l’arrivée de la Troisième vague à Montréal nous permet maintenant d’explorer le café dans toute sa splendeur. En quelque sorte, c’était la pièce qui manquait au casse-tête.

Dans mon précédent billet, j’ai omis de comparer le café à l’italienne au café à la québécoise (outre l’importance de l’allongé). C’est en partie parce que les différences sont un peu difficile à expliquer. Mais disons qu’il y a une certaine diversité de saveurs, à travers la dimension «à la québécoise» de la scène montréalaise du café. Malgré certains points communs, les divers cafés de Montréalais n’ont jamais été d’une très grande homogénéité, au niveau du goût. Les ressemblances venaient surtout de l’utilisation des quelques maisons de torréfaction locales plutôt que d’une unité conceptuelle sur la façon de faire le café. D’ailleurs, j’ai souvent perçu qu’il y avait eu une baisse de diversité dans les goûts proposés par différents cafés montréalais au cours des quinze dernières années, et je considère ce processus de quasi-standardisation (qui n’a jamais été menée à terme) comme un aspect néfaste de cette période dans l’histoire du café à Montréal. Les nouveaux développements de la scène montréalaise du café me donne espoir que la diversité de cette scène grandit de nouveau après cette période de «consolidation».

D’ailleurs, c’est non sans fierté que je pense au fait que les grandes chaînes «étrangères» de cafés ont eu de la difficulté à s’implanter à Montréal. Si Montréal n’a eu sa première succursale Starbucks qu’après plusieurs autres villes nord-américaines et si Second Cup a rapidement dû fermer une de ses succursales montréalaises, c’est entre autres parce que la scène montréalaise du café était très vivante, bien avant l’arrivée des chaînes. D’ailleurs, plusieurs chaînes se sont développé localement avant de se disperser à l’extérieur de Montréal. Le résultat est qu’il y a probablement, à l’heure actuelle, autant sinon plus de succursales de chaînes de cafés à Montréal que dans n’importe autre grande ville, mais qu’une proportion significative de ces cafés est originaire de Montréal. Si l’existence de chaînes locales de cafés n’a aucune corrélation avec la qualité moyenne du café qu’on dans une région donnée (j’ai même tendance à croire qu’il y a une corrélation inverse entre le nombre de chaînes et la qualité moyenne du café), la «conception montréalaise» du café me semble révêlée par les difficultés rencontrées par les chaînes extrogènes.

En fait, une caractéristique de la scène du café à Montréal est que la diversité est liée à la diversité de la population. Non seulement la diversité linguistique, culturelle, ethnique et sociale. Mais la diversité en terme de goûts et de perspectives. La diversité humaine à Montréal évoque l’image de la «salade mixte»: un mélange harmonieux mais avec des éléments qui demeurent distincts. D’aucuns diront que c’est le propre de toute grande ville, d’être intégrée de la sorte. D’autres diront que Montréal est moins bien intégrée que telle ou telle autre grande ville. Mais le portrait que j’essaie de brosser n’est ni plus beau, ni plus original que celui d’une autre ville. Il est simplement typique.

Outre les cafés «à la québécoise», «à l’italienne» et «troisième vague» que j’ai décrits, Montréal dispose de plusieurs cafés qui sont liés à diverses communautés. Oui, je pense à des cafés liés à des communautés culturelles, comme un café guatémaltèque ou un café libanais. Mais aussi à des cafés liés à des groupes sociaux particuliers ou à des communautés religieuses. Au point de vue du goût, le café servi à ces divers endroits n’est peut-être pas si distinctif. Mais l’expérience du café prend un sens spécifique à chacun de ces endroits.

Et si j’ai parlé presqu’exclusivement de commerces liés au café, je pense beaucoup à la dimension disons «domestique» du café.

Selon moi, la population de la région montréalaise a le potentiel d’un réel engouement pour le café de qualité. Même s’ils n’ont pas toujours une connaissance très approfondie du café et même s’il consomme du café de moins bonne qualité, plusieurs Montréalais semblent très intéressés par le café. Certains d’entre eux croient connaître le café au point de ne pas vouloir en découvrir d’autres aspects. Mais les discussions sur le goût du café sont monnaie courante parmi des gens de divers milieux, ne serait-ce que dans le choix de certains cafés.

Évidemment, ces discussions ont lieu ailleurs et le café m’a souvent aidé à m’intégrer à des réseaux sociaux de villes où j’ai habité. Mais ce que je crois être assez particulier à Montréal, c’est qu’il ne semble pas y avoir une «idéologie dominante» du café. Certains amateurs de café (et certains professionnels du café) sont très dogmatiques, voire doctrinaires. Mais je ne perçois aucune  idée sur le café qui serait réellement acquise par tous. Il y a des Tim Hortons et des Starbucks à Montréal mais, contrairement à d’autres coins du continent, il ne semble pas y avoir un café qui fait consensus.

Par contre, il y a une sorte de petite oligarchie. Quelques maisons de torréfaction et de distribution du café semblent avoir une bonne part du marché. Je pense surtout à Union, Brossard et Van Houtte (qui a aussi une chaîne de café et qui était pris à une certaine époque comme exemple de succès financier). À ce que je sache, ces trois entreprises sont locales. À l’échelle globale, l’oligarchie du monde du café est constituée par Nestlé, Sara Lee, Kraft et Proctor & Gamble. J’imagine facilement que ces multinationales ont autant de succès à Montréal qu’ailleurs dans le monde mais je trouve intéressant de penser au poids relatif de quelques chaînes locales.

Parlant de chaînes locales, je crois que certaines entreprises locales peuvent avoir un rôle déterminant dans la «Renaissance du café à Montréal». Je pense surtout à Café Terra de Carlo Granito, à Café Mystique et Toi, Moi & Café de Sevan Istanboulian, à Café Rico de Sévanne Kordahi et à la coop La Maison verte à Notre-Dame-de-Grâce. Ces choix peuvent sembler par trop personnels, voire arbitraires. Mais chaque élément me semble représentatif de la scène montréalaise du café. Carlo Granito, par exemple, a participé récemment à l’émission Samedi et rien d’autre de Radio-Canada, en compagnie de Philippe Mollé (audio de 14:30 à 32:30). Sevan Istanboulian est juge certifié du World Barista Championship et distribue ses cafés à des endroits stratégiques. Sévanne Kordahi a su concentrer ses activités dans des domaines spécifiques et ses cafés sont fort appréciés par des groupes d’étudiants (entre autres grâce à un rabais étudiant). Puis j’ai appris dernièrement que La Maison verte servait du Café Femenino qui met de l’avant une des plus importantes dimensions éthiques du monde du café.

Pour revenir au «commun des mortels», l’amateur de café. Au-delà de la spécificité locale, je crois qu’une scène du café se bâtit par une dynamique entre individus, une série de «petites choses qui finissent par faire une différence». Et c’est cette dynamique qui me rend confiant.

La communauté des enthousiastes du café à Montréal est somme toute assez petite mais bien vivante. Et je me place dans les rangs de cette communauté.

Certains d’entre nous avons participé à divers événements ensemble, comme des dégustations et des séances de préparation de café. Les discussions à propos du café se multiplient, entre nous. D’ailleurs, nous nous croisons assez régulièrement, dans l’un ou l’autre des hauts lieux du café à Montréal. D’ailleurs, d’autres dimensions du monde culinaire sont représentés parmi nous, depuis la bière artisanale au végétalianisme en passant par le chocolat et le thé. Ces liens peuvent sembler évident mais c’est surtout parce que chacun d’entre nous fait partie de différents réseaux que la communauté me semble riche. En discutant ensemble, nous en venons à parler de plusieurs autres arts culinaires au-delà du café, ce qui renforce les liens entre le café et le reste du monde culinaire. En parlant de café avec nos autres amis, nous créons un effet de vague, puisque nous participons à des milieux distincts. C’est d’ailleurs une représentation assez efficace de ce que je continue d’appeler «l’effet du papillon social»: le battement de ses ailes se répercute dans divers environnements. Si la friction n’est pas trop grande, l’onde de choc provenant de notre communauté risque de se faire sentir dans l’ensemble de la scène du café à Montréal.

Pour boucler la boucle (avant d’aller me coucher), je dois souligner le fait que, depuis peu, le lieu de rencontre privilégié de notre petit groupe d’enthousiastes est le Café Myriade.

Café à la montréalaise

Montréal est en passe de (re)devenir une destination pour le café. Mieux encore, la «Renaissance du café à Montréal» risque d’avoir des conséquences bénéfiques pour l’ensemble du milieu culinaire de la métropole québécoise.

Cette thèse peut sembler personnelle et je n’entends pas la proposer de façon dogmatique. Mais en me mêlant au milieu du café à Montréal, j’ai accumulé un certain nombre d’impressions qu’il me ferait plaisir de partager. Il y a même de la «pensée magique» dans tout ça en ce sens qu’il me semble plus facile de rebâtir la scène montréalaise du café si nous avons une idée assez juste de ce qui constitue la spécificité montréalaise.

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Expérience du goût

Viens de finir une tasse d’un des cafés les plus complexes que j’aie bus jusqu’à maintenant. Pas parmi les meilleurs. Mais, vraiment, une expérience gustative particulière.

L’ai fait dans ma cafetière Brikka. Le mélange de café («Kamikaze») provenait de l’épicerie vrac du Marché Jean-Talon où ils vendent leurs cafés à 5$ la livre entre 9h et 10h. J’ai ajouté quelques grains qui me restaient d’un mélange italien que j’avais acheté au même endroit un peu plus tôt, histoire d’ajouter à la complexité. Ça semble avoir fonctionné.

La première gorgée de ce café était une explosion de saveurs. Pas toutes extrêmement agréables, mais assez impressionnantes dans le tableau d’ensemble. Diverses saveurs de caramel, depuis le dulce de leche jusqu’au sucre candi en passant par le “butterscotch” et le caramel mou. Un peu de saveur de brûlé. Une rondeur qu’on monterait aux nues dans un expresso mais qui est fréquente dans une cafetière moka. Du rôti, de l’amaretto, un arrière-goût de sécheresse. Une palette très foncée dans l’ensemble, mais une telle variété de saveurs que chaque gorgée se déroulait comme un histoire complète.

C’est ce genre d’expérience que je recherche. Pas «le meilleur café au monde». Mais le café qui vient me dire quelque-chose. C’est la même chose pour la musique ou pour les gens. Je ne cherche pas «le meilleur de chaque chose». J’aime la diversité, la variété, la complexité.

Amitié, fierté

Mes amis, je suis fier de vous! Vous êtes tous fascinants et vous provenez de milieux très différents. On ne peut demander mieux.

Samedi dernier, Catherine et moi avons fêté notre septième anniversaire de mariage. Oui, oui. C’était bien le 7 juillet 2007. Officiellement, nous nous sommes mariés le 4 juillet 2000 à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Nous avons célébré la fête de notre mariage à Laval, au Québec, le 8 juillet 2000. L’anniversaire de Catherine est le 2 juillet. Le mien le 10. Donc, ce samedi, 7 juillet 2007, était la journée idéale pour célébrer.

Et nous avons célébré. L’amitié, surtout.

Dans ma famille, nous nous amusons parfois à annoncer, d’un ton sentencieux que «dans la vie, virgule…». Eh bien: «dans la vie, virgule, il est important de bien s’entourer». Je ne saurais être plus fier de ceux qui m’entourent. Des gens de toutes sortes. D’âges divers. De milieux différents. D’intérêts variés. Tous plus intéressants les uns que les autres. «Du bon monde», comme on dit. «Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es». Si mes amis sont une indication de qui je suis, je suis fier comme Artaban.

J’ai abandonné l’humilité, il y a quelques temps. Pas que je me considère mieux que d’autres. Je suis simplement content de ce que je vis et même de ce que je suis. Dans ce cas-ci, je suis réellement fier de notre couple quand à notre capacité à réunir les gens. Nous n’avons eu que très peu de choses à faire pour que des gens puissent se rencontrer et, je crois, avoir du plaisir.

Que voulez-vous, je suis un papillon social. Et je crois sincèrement qu’un papillon social peut avoir un effet intéressant sur les groupes sociaux qui l’entourent.

Et c’est pour ça que j’aime Facebook. Pas nécessairement à cause du système lui-même. Mais parce que plusieurs de mes amis sont venus se lier à moi sur ce réseau, ce qui peut éventuellement permettre à certains d’entre eux de se rencontrer à travers ma présence sur le réseau social virtuel. C’est pas le nombre de connexions qui m’importe. C’est le fait que ces connexions soient si diverses.

Notre anniversaire de mariage était moins achalandé que notre fête de mariage. D’après moi, il y a eu une quarantaine de personnes au total, au lieu des quatre-vingt personnes qui sont venues à notre mariage. Mais ce qui était génial ce samedi, c’était la capacité de tout le monde à se mêler aux autres. Pas de petites cliques, pas d’exclusion. Des gens que je n’aurais jamais cru compatibles qui passent la soirée à discuter. Des tas de petites coïncidences qui lient des amis des Catherine aux miens. Des clins d’oeil et peut-être des amitiés durables.

Si vous me connaissez et que vous ne pouviez pas venir à notre anniversaire de mariage, n’hésitez pas à venir vous ajouter à mes amis sur Facebook. Ou LinkedIn. Ou MySpace. Ou MontrealLinkup, Geni, Classmates, Flickr, LiveJournal, Skype, Flixster, Ringo, WAYN, Del.icio.us, Twitter, Jaiku, Spurl, Plum. Ou tout autre réseau virtuel auquel il vous sied d’appartenir.

Dans tout ça, je dois remercier ma chère Catherine. Non seulement je rencontre des tas de gens grâce à elle, mais c’est avec elle que je peux être moi-même.

Merci!

Confessions d'un papillon social

Tiens, tiens! C’est pas mal, ça… Ça fait plusieurs fois que j’utilise la formule «Confessions d’un {désignation personnelle}», par référence détournée à Rousseau. Amusant de voir que, cette fois-ci, le lien entre «promeneur solitaire» et «papillon social» est même orthographique… 😉

C’est aussi la première fois que je fais un billet aussi personnel. Quasi-introspectif. Et même pseudo-catholique.

Fiou!

Oui, je l’avoue, l’admet, le confesse et le proclame: j’aime les gens. Tout simplement. Tout court.

Pas «j’aime les gens qui me ressemblent». Pas «j’aime les gens de qualité». J’aime les gens. Tous. Les êtres humains. Les membres de mon espèce. Sans raison spécifique.

Ils font de tout, les gens, du plus vil au plus beau, du plus laid au plus louable. Mais ils sont surtout très intéressants, les gens.

Me sens «humaniste» dans un sens très précis: amoureux de la nature humaine. Me fait surtout traiter de «papillon social», y compris par mes proches. Quelqu’un qui passe d’une personne à l’autre comme un papillon qui butine de fleur en fleur. C’est surtout utilisé en anglais, mais des Francophones parlent aussi de papillonnage dans un sens assez proche.

C’est assez réaliste, comme désignation. J’eus toutefois tendance à prendre ça comme un reproche. Surtout quand certains observent ma tendance à passer d’une personne à l’autre lors de rencontres publiques. Ça rend “self-unconscious”. Après tout, il y a cette idée que le papillon social est un être fat, qu’il est motivé par un désir de gloire, qu’il n’est pas loyal… «Papillonnage» est même plus connoté et me ressemble moins puisqu’il touche à la promiscuité, qui n’a jamais été mon truc.

Donc, «papillon social», c’est pas une étiquette facile à porter. Mais désormais, je m’assume en tant que papillon social. Oui, j’en suis fier.

D’après moi, les papillons sociaux ont la possibilité d’avoir des effets intéressants, sur les gens et sur la société. Pas exactement un pouvoir d’influence. Mais plutôt le pouvoir d’un grain de sable dans l’engrenage. Les choses changent, les papillons sociaux participent au changement. Simplement en étant eux-mêmes. Les papillons sociaux ont aussi la possibilité d’unir les gens. Je me sens donc très confortable dans mon rôle de papillon social. Je ne suis pas sélectif dans mes amitiés mais j’accorde beaucoup d’importance à mes amis. Certains sont très proches de moi. D’autres sont plutôt des connaissances. Mais tous ont de l’importance pour moi.

Va pour le côté «social» de mon caractère social. Il y a une part plus intime.

M’allonge sur un divan modèle psychanalytique, tendance Freud et non Jung. Presque Woody Allen comme scène. Et les mots résonnent avec la force du lieu commun: «ça date de mon enfance».

Si si! De ma plus tendre enfance. Mes parents avaient de nombreux amis. Ma mère, surtout. Et ils m’ont emmené avec eux dans toutes sortes de soirées. Souvent, j’étais le seul enfant entouré de nombreux adultes. Parfois, j’étais le centre de l’attention. Toujours, j’avais du plaisir. Du moins, si mon souvenir est bon.

Faut comprendre la chose. Notre vie familiale a toujours été basée sur l’amitié. La maison de ma mère a souvent été le lieu de rencontres impromptues. Nous avions une terrasse sur laquelle nous passions de longues heures à bavarder, avec des amis. Parfois, nous chantions, nous accompagnant à la guitare. Souvent, nous réinventions le monde. Nos références étaient souvent européennes et francophones, étant donné notre lien avec la Suisse Romande et avec la France. Nous mangions, buvions, savourions la vie.

Il y avait un côté européen à la chose. Et mondain. Et intello. Par contre, rien de très bourgeois. Pas de notion d’exclusion. Beaucoup de franchise. Bref, comme une version post-hippie des salons proustiens.

J’avais six ans quand mes parents se sont séparés. C’était donc avec un seul parent à la fois que je découvrais les délices sociales de la «soirée entre amis».

Mais ma famille a toujours été unie. Surtout l’unité familiale formée par ma mère et ses trois fils. Puisque je suis l’enfant unique du deuxième mariage de ma mère, il y a de grandes différences «objectives» entre mes frères et moi. De plus, par diverses circonstances, nous avons souvent été géographiquement distants, les uns des autres. Mais nous avons toujours été unis par des liens filiaux très forts. D’une certaine façon, mes «demi-frères» sont encore plus réellement mes vrais frères que si j’avais été né du même père qu’eux. Leurs amis sont parfois devenus mes amis. Tout ça grâce à ma mère, dont je parle peu parce qu’elle est quasi-sacrée, pour moi. C’est elle qui a soutenu cette cellule familiale. Quiconque parle de familles mono-parentales de façon condescendante n’a pas vécu ce que nous avons vécu.

D’ailleurs, nous avons créé pour nous-mêmes une identité propre. Nous sommes les Enforaks. «En-» pour «Enkerli», le nom de mon père et mon propre nom de famille. Et «-fo-» pour «Thiffault», le nom du premier mari de ma mère et le nom de famille de mes frères. Étant, à l’époque, fan du dessin animé Goldorak, j’ai ajouté le pseudo-suffixe «-rak» au nom d’un robot en blocs Lego que j’avais construit. Pour moi, rien de comparable au noyau familial formé par Marielle Gagnon et ses fils: Christian Thiffault, Pierre Thiffault et Alexandre Enkerli. Les Enforaks, ce fut aussi plusieurs personnes qui ont gravité autour de nous. Si je me rappelle bien, c’est même pour manifester l’acceptation de Catherine Lapierre, celle qui allait devenir ma première belle-sœur, que j’ai bâti et nommé ma construction Lego. Il y eu plusieurs autres Enforaks, y compris une autre Catherine: ma tendre épouse, Catherine Léger.

Oui, je suis nostalgique.

Quoique…

J’ai autant de plaisir maintenant qu’à l’époque, à rencontrer des gens. Et je suis très content d’avoir la chance de converser avec des gens de divers horizons sociaux, culturels, géographiques, idéologiques et professionnels. C’est d’ailleurs plus facile pour moi d’être un papillon social dans l’ère digitale que ça ne l’a jamais été dans mon enfance.

Ma vie familiale et sociale à travers ma famille était surtout heureuse par opposition à ma vie scolaire. J’avais de bonnes notes, les profs m’appréciaient, j’avais l’occasion de développer diverses aptitudes. Mais j’avais énormément de difficulté à me faire des amis. Retour sur le fauteuil: je me suis toujours senti rejeté par mes contemporains. Traité de «maudit Français» à cause de mon accent semi-européen. Mis à l’écart dans le contexte des «sacrements» religieux, puisque contrairement à la quasi-totalité des élèves de mon école primaire, je n’avais jamais été baptisé. Seul «enfant du divorce» à mon école, j’étais une curiosité pour plusieurs, y compris certains membres du personnel. Pacifiste au milieu de bagarreurs, j’avais de la difficulté à me faire respecter. Écrivant «aussi mal qu’un médecin», j’étais la cible d’une attention très particulière. Peu séduisant, je n’avais aucun succès auprès des filles. Bavard, je fatiguais mes congénères. Mes aptitudes scolaires étant bien plus grandes que mes aptitudes sportives, j’avais tout pour me faire détester.

Bref, j’étais seul avec mon moi-même à moi tout seul. Ça te me forme un gars, ça, madame!

Faut dire que, même à la maison, j’étais souvent seul. Entre autres parce que ma mère travaillait à temps plein. Dès l’âge de 9 ans, j’ai commencé à cuisiner et à manger seul, tous les midis de semaine. Puis la maison était vide quand j’y retournais après une journée d’école. Mon frère Christian (qui avait dix-huit ans lors de mon entrée à l’école) ayant quitté la maison familiale assez tôt et mon frère Pierre étant mon ainé de huit ans, je n’avais pas de compagnon de jeu à portée de main. Je passais donc de longues heures seul, dans une immense chambre à coucher, à jouer ou à lire tout en réfléchissant.

Oh, j’ai bien eu des amis. Y compris Frédéric Fortin, avec qui je maintiens de très forts liens d’amitié. Mais j’étais, malgré tout, seul.

«J’écris pas pour me plaindre, j’avais juste le goût de parler

D’ailleurs, ce dont je me rends le plus compte, c’est que j’ai pu bénéficier de tout ça. Non seulement ma solitude m’a «fait les pieds» et je suis désormais heureux d’être seul, mais ça a contribué à me faire vivre des moments fort agréables qui se répètent souvent.

Ce qui a probablement changé le plus, depuis mon enfance, c’est que je n’ai plus le désir d’être populaire. Je veux voir les gens, discuter avec eux. Mais je ne tiens pas à ce qu’ils soient admiratifs à mon égard. Oh, bien évidemment, je veux être apprécié, comme tout le monde. Mais j’aime tout le monde et j’aime simplement rendre le monde heureux.

Le plus mieux de l’affaire, c’est que ça marche assez souvent. Quand on est heureux soi-même, c’est facile de rendre les autres heureux. Et quand on se sent bien dans sa peau, c’est facile d’être heureux soi-même. Et quand on aime les gens, c’est facile de se sentir bien dans sa peau. Et quand on apprend à connaître les gens, c’est facile de les aimer.