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Santé encourageante

Il y a un an, jour pour jour, aujourd’hui, j’étais dans un piteux état, physiquement. Aujourd’hui, je suis dans la meilleure forme physique que j’ai été depuis au moins dix ans. Une chance que j’ai eu un peu d’encouragement.

J’hésite à écrire ce billet. Bloguer à propos de ma santé a pas toujours des effets très positifs. Mais je crois que c’est important, pour moi, de décrire tout ça. Pour moi-même, d’abord, parce que j’aime bien les anniversaires. Mais pour les autres, aussi, si ça peut les encourager. J’espère simplement que ça peut m’aider à parler moins de santé et de me concentrer sur autres choses. Avec une énergie renouvelée, je suis prêt à passer à d’autres étapes. Peu importe ce qui arrive, 2014 risque d’être une année très différente de 2013.

Depuis plusieurs années, ma condition physique  a été une source de beaucoup de soucis et, surtout, de découragement. Il y a près de vingt ans, j’ai commencé à souffrir de divers problèmes de santé. Jusqu’à maintenant, j’ai aucune idée de ce qui s’est vraiment passé. Ma période la plus sombre a débuté par un ulcère d’estomac qui fut suivi de reflux gastro-œsophagien. Par la suite, j’ai subi des problèmes chroniques sur lesquels je n’élaborerai plus (l’ayant fait plus tôt),  que j’ai trouvé particulièrement handicapants. Je commence à peine à me sortir de tout ça. Et ça dure depuis mon deuxième séjour au Mali, en 2002.

À plusieurs reprises au cours de ces années, j’ai pris la décision de prendre ma santé en main. Pas si facile. J’avais toute la motivation du monde mais, au final, assez peu de support.

Oh, pas que les gens aient été de mauvaise volonté. Mes amis et mes proches ont fait tout ce qui leur était possible, pour m’aider. Mais c’est pas facile, pour plusieurs raisons. Une d’entre elles est que je suis «difficile à aider», en ce sens que j’accepte rarement de l’aide. Mais le problème le plus épineux c’est que l’aide dont j’avais besoin était bien spécifique. Beaucoup de choses que les gens font, de façon tout-à-fait anodine, ont surtout un impact négatif sur moi. Pas de leur faute, mais une petite phrase lancée comme si de rien n’était peut me décourager assez profondément. Sans compter que ces gens ne sont pas spécialistes de mes problèmes et que j’avais besoin de spécialistes. Au moins, un médecin généraliste ou autre professionnel de la santé (agréé par notre système médical) qui puisse me comprendre et me prendre au sérieux. Ma condition avait pu s’améliorer grâce à diverses personnes mais ces personnes n’ont que peu de possibilité d’agir, dans notre système de santé. Mon médecin de famille ayant arrêté de pratiquer, il me manquait une personne habilitée à m’aider en prenant mon cas en main.

C’est beaucoup ce qui s’est passé, en 2013, pour moi. C’est en ayant accès à quelques spécialistes que j’ai pu améliorer ma santé. Et tout ça a commencé le 3 janvier, 2013.

Je revenais de passer quelque-chose chez mon frère, à Aylmer. Ces quelques jours ont été très pénibles, pour moi. Je souffrais d’énormes maux de têtes, qui avaient commencé à se multiplier au cours des mois précédents et mes problèmes d’œsophage étaient tels que je n’en arrivais plus à dormir. Mes autres problèmes me décourageaient encore plus. Vraiment, «rien n’allait plus».

Pourtant, j’avais déjà fait beaucoup d’efforts pour me sentir mieux, pendant des années.  Des efforts qui ne portaient fruit que sporadiquement et qui ne se remarquaient pas vraiment de l’extérieur. Une recette pour le découragement. Ma santé semblait sans issue. Dans de telles situations, «les gens» ont l’habitude de parler de résignation, de pointer vers leurs propres bobos, de minimiser la souffrance de l’autre… Normales, comme réactions. Mais pas très utiles dans mon cas.

Les choses ont commencé à changer dans la soirée du 3 janvier. Sachant que mes maux de tête pouvaient avoir un lien à l’hypertension, me suis acheté un tensiomètre à la pharmacie.

Tensio

À 20:53, le 3 janvier 2013, j’ai fait une lecture de ma tension artérielle.

Systolique: 170
Diastolique: 110

Pas rassurant. Ni encourageant.

J’ai appelé la ligne Info-Santé, un service téléphonique inestimable mais sous-estimé qui est disponible au 811 partout au Québec. L’infirmière qui m’a répondu m’a encouragé, comme elles le font souvent, de consulter un médecin. Elle m’a aussi donné plusieurs conseils et donné de l’information au sujet des moments où ce serait réellement urgent de consulter dans les plus brefs délais. Pour certains, ça peut paraître peu. Mais, pour moi, ç’a été la première forme de support dont j’ai bénéficié pendant l’année. Le premier encouragement. Enfin, ma condition était suffisamment sérieuse pour que je sois pris au sérieux. Et de l’aide est disponible dans un tel cas.

C’est donc le lendemain, 4 janvier 2013, que je suis allé consulter. C’est un peu à ce moment que «ma chance a basculé». L’infirmière d’Info-Santé m’avait donné le numéro d’une clinique sans rendez-vous assez près de chez moi. Cette clinique offre un service d’inscription par téléphone, qui fait office de rendez-vous sans en être un. En appelant ce numéro tôt le matin, j’étais en mesure de me réserver une place pour voir un médecin dans une certaine plage horaire. J’ai donc pu consulter avec le Dr Anthony Rizzuto, en ce beau jour du 4 janvier 2013.

Le Dr Rizzuto avait l’attitude idéale pour me traiter. Sans montrer d’inquiétude, il a pris mon cas au sérieux. En m’auscultant et en me posant quelques questions, il a rapidement compris une grande partie de la situation et a demandé que je puisse passer un ECG à la clinique. Avec ces résultats et les autres données de mon dossier, il m’a offert deux options. Une était de traiter mon hypertension par l’alimentation. Perdre 10% de mon poids et de faire de l’exercice physique mais, surtout, éliminer tout sodium. L’autre option était de prendre un médicament, tout d’abord à très petite dose pour augmenter par la suite. Dans un cas comme dans l’autre, je pouvais maintenant être suivi. Les deux options étaient présentées sans jugement. Compte tenu de mes problèmes digestifs, la première me semblait particulièrement difficile, ce sur quoi le Dr Rizzuto a démontré la juste note d’empathie (contrairement à beaucoup de médecins et même un prof de psycho qui font de la perte de poids une question de «volonté»). Même si je suis pas friand des médicaments, j’ai opté pour la seconde option, tout en me disant que j’allais essayer la première. En deux-trois phrases, le Dr Rizzuto m’a donné plus d’encouragement que bien des gens.

J’ai pris mon premier comprimé de Ramipril en mangeant mon premier repas de la journée. Je réfléchissais à mon alimentation, à la possibilité d’éliminer le sodium et de réduire mon apport calorique, tout en faisant de l’exercice physique. Ayant essayé, à plusieurs reprises, de trouver une forme d’exercice qui me conviendrait et étant passé par des diètes très strictes, l’encouragement du Dr Rizzuto était indispensable.

Même si les gens confondent souvent les deux concepts, je considère l’encouragement comme étant bien plus important et bien plus efficace que la motivation. Faut dire que je suis de ceux qui sont mus par une très forte motivation intrinsèque. C’est d’ailleurs quelque-chose que je comprends de mieux en mieux, au fil des années. Malgré les apparences, je dispose d’une «volonté» (“willpower”) très forte. C’est un peu pour ça que je n’ai jamais été accro à quoi que ce soit (pas même le café) et c’est comme ça que j’arrive avec une certaine facilité à changer des choses, dans ma vie. Mais ma motivation nécessite quelque-chose d’autres. Du «répondant». De l’inspiration, dans des contextes de créativité. De l’encouragement, quand je suis désespéré.

Ma motivation intrinsèque d’atteindre un meilleur niveau de santé avait atteint son paroxysme des mois plus tôt et se maintient depuis tout ce temps. J’avais besoin de me sentir mieux. Même si je ne me souviens pas d’avoir manqué une seule journée de travail pendant ma vie adulte, mon niveau d’énergie avait considérablement baissé. Plus directement, les maux de tête que je subissais de plus en plus fréquemment me faisaient peur. J’ai dit, depuis, que c’est la peur de faire un AVC qui m’a poussé. C’est pas tout-à-fait exact. J’étais poussé par ma motivation intrinsèque, de toutes façons. L’éventualité de faire un AVC avait plutôt tendance à m’empêcher d’agir. Ce qui est vrai, c’est que c’est plus à l’AVC qu’à l’infarctus que je pensais, à cet époque. Certains peuvent trouver ça étrange, puisqu’un infarctus est probablement plus grave, surtout à mon âge. Mais la peur est pas nécessairement un phénomène rationnel et mes maux de tête me faisaient craindre un accident qui pourrait rendre ma vie misérable. D’où une «motivation» liée à l’AVC. J’ai pas vraiment l’habitude d’avoir peur. Mais cette éventualité me hantait bien plus que la notion d’avoir un autre trouble de santé, y compris le cancer. (Je connais plusieurs personnes qui ont eu le cancer et, même si certaines en sont décédées, je me sens mieux équipé pour affronter cette maladie que de survivre à un AVC.)

Donc, j’en suis là, mangeant un petit-déjeuner, dans un resto de mon quartier, réfléchissant à mes options. Et prenant la mesure des encouragements du Dr Rizzuto, pour utiliser l’approche diététique de l’hypertension (DASH). Il m’a pas dit que j’étais capable de le faire. Il m’a pas donné des trucs pour y arriver. Mais, surtout, il m’a pas jugé et il m’a pas balayé du revers de la main. En fait, il me prenait en main.

Sans devenir mon médecin de famille.

Ce n’est qu’en juin que, grâce au Dr Rizzuto, j’ai pu avoir un rendez-vous avec ma médecin de famille. Lors de ma première consultation avec le Dr Rizzuto, il me donné un petit signet sur lequel il y avait des informations au sujet du Guichet d’accès à un médecin de famille, dans mon quartier. J’ai appelé rapidement, mais le processus est long. D’ailleurs, le processus s’est étendu bien au-delà de ce qui était prévu, pour toutes sortes de raison. Même que la médecin de famille avec laquelle j’ai pu avoir un rendez-vous, la Dre Sophie Mourey, n’était pas la même personne qui m’était assignée. Reste que, sans l’approche encourageante du Dr Rizzuto, je n’aurais probablement pas de médecin de famille à l’heure qu’il est.

Et je n’aurais probablement pas accompli ce que j’ai pu accomplir dans l’année qui a suivi.

Qu’ai-je accompli? À la fois pas grand-chose et tout ce qui compte. J’ai fait plus de 2000km de marche à pieds et 1870 miles de vélo sur place (à une moyenne de 18miles/heure pendant environ trois heures par semaine, au cours des derniers mois). J’ai débuté une routine quotidienne de yoga (pour une moyenne de quatre heures par semaine, depuis l’été). J’ai baissé mon pouls au repos d’environ 90 battements par minute à moins de 60 battements par minute. J’ai évidemment baissé ma tension artérielle, d’abord aidé par le Ramipril (5mg), mais maintenant presque sous contrôle. Encore plus important pour moi, j’ai fini par trouver une façon de grandement diminuer certains de mes autres problèmes de santé, ce qui me donne l’espoir de pouvoir en enrayer certains au cours des prochains mois.

Donc, comme le disait la Dre Mourey, mon bilan de santé est bien encourageant.

Ah oui, incidemment… j’ai aussi perdu 15kg (33lbs.). Sans beaucoup d’effort et juste un petit peu de motivation.

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Diète stricte

J’ai pas vraiment l’habitude de bloguer sur des trucs du genre, mais si jamais ça peut être utile à d’autres…

En guise d’avertissement: je parle ici de santé et de digestion. Vais pas entrer dans des détails, mais c’est pas nécessairement agréable à lire à n’importe quel moment. Si vous êtes sensibles à ce genre de truc, ce billet peut avoir un mauvais effet. Aussi, je n’ai aucune formation dans le domaine de la santé, je ne parle que de mon expérience personnelle.

Depuis trois semaines, je suis sur une diète très stricte, recommandée par une naturopathe. Nous essayons d’identifier la cause exacte d’un trouble digestif que je subis depuis une dizaine d’années. Je vous épargne les détails (!) mais après seulement quelques jours (moins d’une semaine), je pouvais déjà voir des effets positifs. Essentiellement, si mon trouble digestif est pas disparu, il a déjà une toute autre proportion que ce qu’il a eu, au cours des dernières années.

Un truc important à noter, c’est que comme n’importe quel aspect de la santé, aucune solution ne convient à tout le monde. Ce que je suis, comme diète, est très spécifique à mes propres ennuis de santé.

Parmi les hypothèses, j’en note trois, principales:

  1. Maladie de cœliaque (intolérance au gluten)
  2. Candida (infection fongique)
  3. Parasite (assez logique, puisque ces troubles ont débuté au Mali)

Quoi qu’il en soit, voici les détails de ma diète…

Permis

  • Riz brun
  • Amande (y compris le lait d’amande non-sucré)
  • Graine de citrouille
  • Petits poissons blancs
  • Millet
  • Sarrasin
  • Saumon du Pacifique
  • Truite
  • Riz blanc
  • Tapioca
  • Maïs
  • Thé vert

    Légumes cuits (en petites quantités)

  • Courgette
  • Courge
  • Algue
  • Chou frisé (“kale”)
  • Carotte
  • Panais
  • Fenouil
  • Oignon
  • Poireau
  • Céleri
  • Pomme de terre
  • Pois
  • Haricot

Restreint

  • Sucre
  • Gluten
  • Produit fermenté
  • Alcool
  • Produit laitier
  • Fruit
  • Viande
  • Levure
  • Champignon
  • Tomate
  • Œuf
  • Poivron
  • Légume cru
  • Café
  • Thé noir
  • Saumon de l’Atlantique
  • Noix (autres que les amandes)
  • Légumineuses (autres que les pois et les haricots)

Honnêtement, c’est pas facile à tenir, comme diète. Au début, ce sont surtout les fruits qui me manquaient. Ces temps-ci, j’ai surtout envie d’œufs. Il y a eu plusieurs moments où j’aurais vraiment aimé pouvoir boire du café. Et je m’ennuie de la viande. Sans compter que je peux pratiquement rien manger en resto.

Faut dire que plusieurs de mes plaisirs passent par la bouffe ou par des situations qui tournent autour de la bouffe. On a beau dire, le thé vert a pas le même rôle que l’alcool ou même le café. Et comme je suis maniaque de café et que j’ai été brasseur maison, c’est pas très agréable de devoir me passer de tout ça. Compte tenu, surtout, de mon approche hédoniste.

M’ennuie de la diversité!

Sans compter que les restrictions alimentaires forment un sujet de conversation assez peu stimulant. Parler de ce genre de chose, c’est le contraire de briser la glace. Pas que ça cause un froid, mais c’est un sujet qui peut facilement monopoliser l’attention et qui amène rien de très utile.

Donc, pour un papillon social, c’est spécialement difficile, comme situation. Oh, je m’adapte. Je suis pas comme quelqu’un qui essaie d’arrêter de fumer ou de boire. Mais ça bouscule beaucoup de choses, dans ma vie. Ma joie de vivre est difficile à maintenir, même si les choses se passent bien dans d’autres dimensions de ma vie.

Mais il y a des bons côtés. Y compris les effets positifs sur ma santé.

Un effet intéressant de tout ça, c’est que je me suis mis à cuisiner tous mes repas, parfois en assez grandes quantités. Ça faisait un moment que je voulais m’y remettre et c’était pas idéal comme moment, mais ça s’est assez bien passé jusqu’à maintenant.

Et j’ai fait quelques «découvertes pour moi-même». Par exemple, je me rends compte que j’aime bien le millet, le chou frisé et les algues. Aussi, les graines de citrouilles grillées font un peu l’effet des graines de sésame grillées. Certains craquelins de riz (“rice cakes”) sont plus intéressants que d’autres. Et mon goût pour le thé vert se modifie.

Selon ma naturo, je vais peut-être pouvoir ajouter des éléments à la liste des aliments «permis», une fois qu’elle aurait les résultats de certains tests. J’espère vraiment que ça va être le cas. Si je devais m’astreindre à cette diète sur le long terme, ce serait difficile à vivre. Quelques restrictions à la fois, c’est déjà pas évident. Mais tout en même temps… Ouf!

Mais, bon, il faut ce qu’il faut.

Déjà 1 374 jours depuis mon retour à Montréal

Ma réponse à une discussion sur MtlUrb, à propos du retour à Montréal (dans le contexte de la perception d’un mouvement de personnes vers l’extérieur de Montréal).

Version courte: depuis que je suis revenu à Montréal, je me rends compte qu’il fait bon y vivre.

Je suis né à Montréal en 1972 et, à part des voyages occasionnels, je n’ai pas vécu ailleurs jusqu’en 1994. Par contre, de 1994 à 2008, j’ai déménagé un grand nombre de fois.

Le premier de ces déménagements était vers Lausanne (en Suisse), la ville natale de mon père. J’y ai passé quinze mois dans d’excellentes conditions. D’ailleurs, si la Suisse vivait une sorte de crise économique à l’époque, le climat social était généralement assez positif pour des gens comme moi. Je m’y suis donc senti à mon aise.

Lorsque j’ai quitté Lausanne pour revenir à Montréal, en août 1995, je suis passé d’un milieu où les questions financières étaient taboues à un contexte où les problèmes d’argent dominaient toutes les conversations. Mon impression du Québec en 1995 était celle d’un marasme profond, surtout causé par la situation économique. Ma propre situation financière était relativement positive (elle s’est détérioriée assez rapidement), mais je me sentais comme si tout allait mal pour tout le monde. Les indicateurs économiques de l’époque contredisent probablement mon impression, mais c’est là la grande différence entre une approche macroscopique quantitative et l’expérience vécue.

J’ai passé quelques temps à Montréal depuis ce temps, mais c’est aussi pendant ce temps que je me suis déplacé le plus souvent. Par exemple, de février 2002 à décembre 2007, j’ai effectué 20 déménagements, entre huit villes différentes (au Mali, au Nouveau-Brunswick, en Indiana, au Massachusetts et au Texas). Je revenais à Montréal au cours de plusieurs de ces déménagements. D’ailleurs, je conservais un pied-à-terre à Montréal. Mais je n’étais «installé» nulle part.

Le 26 avril 2008, j’ai effectué mon dernier déménagement en date et je n’ai pas bougé depuis. Je ne peux pas vraiment dire que je me suis installé définitivement à Montréal, mais ces 1374 jours passés dans ma ville natale constituent la plus longue période de stabilité, pour moi, depuis 1994.

C’est d’ailleurs depuis avril 2008 que je redeviens Québécois. Étape par étape.

Si je suis revenu à Montréal, c’est en grande partie pour des raisons personnelles. J’aurais pu aller ailleurs, mais c’était tout compte fait plus facile de revenir ici, du moins temporairement. J’avais même pensé utiliser mon retour à Montréal comme un tremplin vers autre chose (même pensé à Edmonton, à un certain moment; ou même à la Corée). Revenir à Montréal, c’était une «solution de facilité», une “fallback solution”.

Même si mon réseau social s’est distendu au cours de mes déplacements du début du siècle, je conservais plusieurs contacts ici qui m’ont aidé à me reconstruire un système de support social. Revenir à Montréal, c’était renforcer mes contacts avec certains membres de ma famille et avec plusieurs de mes amis.

D’ailleurs, en ce moment, une grande partie de mes contacts sur divers réseaux sociaux en-ligne (Twitter, Facebook, G+, LinkedIn…) sont locaux. Pas que je sois chauvin ou fermé, bien au contraire! En tant qu’anthropologue, je chéris la diversité humaine et j’ai beaucoup apprécié ma vie hors de Montréal. Mais la base locale des réseaux sociaux est un aspect non-négligeable, dans mon cas. Beaucoup de mes rapports sociaux s’effectuent en face-à-face et, hormis quelques cas particuliers, c’est le cas de la plupart des gens. Autrement dit, nous avons beau passer beaucoup de temps en-ligne, les rapports sociaux ont généralement un ancrage dans les interactions directes, locales, «en présentiel».

Ainsi, le fait de revenir à Montréal était, pour moi, une façon de renforcer la partie locale de mon propre réseau social. Je pouvais donc retrouver une vie sociale qu’il m’a été difficile d’avoir lorsque je bougeais d’une ville à l’autre.

D’autres motivations étaient plus professionnelles. Par exemple, ayant enseigné quelques cours à Concordia entre 2006 et 2007, il m’était plus facile d’obtenir des charges de cours à cette université qu’ailleurs dans le monde (même si j’ai eu l’occasion d’enseigner à sept autres endroits, dont cinq aux États-Unis). Évidemment, mon réseau social a aussi contribué aux motivations professionnelles de mon retour à Montréal en me dressant un portrait assez positif de la situation de l’emploi à Montréal. En d’autres termes, je suis revenu à Montréal sur l’impression, provenant de mon réseau social, qu’il était maintenant possible de bien vivre ici.

Cette impression ne s’est pas démentie.

Austin (ATX), capitale du Texas, est le dernier endroit où j’ai habité avant mon retour à Montréal. Contrairement à de nombreuses autres villes américaines à l’époque (fin 2007 et début 2008), ATX était plus ou moins épargnée par la crise financière. C’est du moins ce qui se disait dans les journaux et bars locaux. Même s’il est possible de prouver que la situation d’Austin était plus fragile que ce que l’opinion publique en disait, le fait est qu’il n’y avait pas de marasme économique à ATX à l’époque. Ayant connu un véritable marasme à Montréal en 1995, j’étais à l’affût des signes avant-coureurs d’un problème similaire à Austin douze ans plus tard. Le fait que les gens parlaient quotidiennement de la crise et de problèmes d’argent allait déjà dans le sens du marasme, même si ces mêmes conversations sortaient explicitement ATX de ce bourbier. «Les choses vont vraiment mal, en ce moment. Mais nous sommes épargnés pour l’instant.» Puisque ma propre situation à Austin n’était pas tout à fait reluisante, rien de très encourageant de ce côté. Il est fort possible qu’un manque d’enthousiasme face à la situation économique des États-Unis et du Texas ait été une particularité des milieux sociaux auxquels je me mêlais, à l’époque. Néanmoins, tant dans le milieu universitaire (qui venait de connaître des coupures drastiques) que dans celui plus populaire des brasseurs de bière, un optimisme bien prudent semblait régner.

Le contraste, peu après mon retour à Montréal, était assez flagrant. Malgré divers problèmes économiques, les milieux dans lesquels je me suis (ré)inséré faisaient figure d’oasis de paix, en comparaison avec mon expérience à Austin en 2007–2008 (ou à Montréal en 1995). Ceux qui parlaient de leur situation financière faisaient rarement référence à un problème plus large. Plusieurs personnes quittaient des emplois stables pour se lancer dans divers projets plus risqués. Sans que l’on puisse parler d’euphorie, régnait ici une atmosphère plutôt paisible, face à la situation financière. C’était pas l’âge d’or du Québec (que l’on situe plus facilement lors de la période entre Expo 67 et les JO de 1976).

Il est fort possible que, tout comme celle que j’ai eu d’Austin, mon impression de Montréal provenait des milieux dans lesquels j’œuvrais. Entre autres, il y avait une certaine effervescence dans ce que j’appelle «la scène geek montréalaise». C’est parmi eux que se trouvaient certains des plus idéalistes, qui misaient une partie de leurs vies pour des projets qui leur tenaient à cœur. En 2008, il n’était pas rare pour des membres de cette «scène» de se faire proposer des contrats assez lucratifs sans qu’ils aient besoin d’effectuer des recherches approfondies. Les acteurs du Web, par exemple, trouvaient facilement quelque-chose à faire, sans avoir à chercher bien loin. On parle d’un groupe assez restreint (je l’estimerais à environ 500 personnes), mais la possibilité que j’avais de m’y insérée a contribué assez largement à mon impression de Montréal. D’ailleurs, depuis mon retour, j’ai obtenu plusieurs contrats très intéressants sans avoir à chercher bien activement.

L’autre sphère d’action de ma vie montréalaise, le milieu universitaire, me donnait aussi un certain air de sérénité. S’il y a très peu de postes permanents dans ce milieu, à l’échelle du continent, il m’a été possible de donner de plus en plus de cours, à Concordia. En fait, pour la première fois de ma carrière, je peux dire que j’ai commencé à me tailler une place dans ce milieu. Sans devenir indispensable et tout en gardant un fort sens critique face au milieu académique, je suis plus à l’aise avec mon statut de «chargé de cours + travailleur autonome». D’ailleurs, petit-à-petit, je commence à trouver plus de liens entre les deux dimensions de ma vie professionnelle. Assez confortable, comme situation. Pour moi, ça vaut plus qu’un gros salaire.

Puisque la situation financière du lieu où je vis a beaucoup d’implications sur mon expérience en cet endroit, c’est une bonne occasion de préciser ma pensée là-dessus. Ma propre situation financière a évidemment un impact important sur ma vie, compte tenu d’un système social qui accorde énormément d’importance à l’argent. Mais, ce qui m’affecte le plus, c’est le «climat social» dans lequel je vis. Un marasme ambiant a un impact négatif plus grand sur moi que des problèmes financiers. D’autre part, lorsque l’atmosphère générale est plutôt positive et que les questions d’argent font rarement leur apparition dans les conversations que je peux avoir avec les gens autour de moi, je m’en porte mieux même si ma situation personnelle n’est pas très reluisante.

Et c’est probablement un bon point où terminer cette réflexion au sujet de mon retour à Montréal. Je suis revenu à Montréal (et j’y demeure depuis près de quatre ans) parce qu’il fait bon y vivre.

Du moins, c’est la partie impersonnelle. Pour l’aspect personnel, ce sera pour un autre jours.

Profils et web social

J’écrivais ce message à un ami, à propos de mon expérience sur le site xkcd.com.

 

What? Oh, no, the 'Enchanted' soundtrack was just playing because Pandora's algorithms are terrible. [silence] ... (quietly) That's how you knooooooow ...
BD de xkcd
C’est sur xkcd, mais ça pourrait être ailleurs. C’est rien de très spécial, mais ça me donne à penser à ce qu’est le vrai web social, en ce moment. Surtout si on sort de la niche geek.

Donc…

  • Je vois le dernier xkcd.
  • Ça me fait réagir.
  • Je veux répondre.
  • Je sais qu’il y a des forums pour accompagner ces bande dessinées.
  • Je vais sur le forum lié à celui-ci (déjà quelques clics et il fallait que je connaisse l’existence de tout ça).
  • J’appuie sur Post Reply
  • Ça me demande de m’identifier.
  • Comme je crois avoir déjà envoyé quelque-chose là, je me branche avec mon username habituel.
  • Ah, mauvais mdp.
  • Je fais “forget pw”.
  • Oups! J’avais pas de compte avec mon adresse gmail (faut que ça soit la bonne combinaison donc, si je me rappelle pas de mon username, ça marche pas).
  • Je me crée un nouveau profil.
  • Le captcha est illisible, ça me prend plusieurs tentatives.
  • Faut que j’aille sur mon compte gmail activer mon compte sur les forums xkcd.
  • Une fois que c’est fait, je me retrouve à la page d’accueil des forums (pas à la page où j’essaie d’envoyer ma réponse).
  • Je retrouve la page que je voulais.
  • J’appuie sur Post Reply.
  • J’écris ma réponse et je l’envoie.
  • Évidemment, mon profil est vierge.
  • Je vais modifier ça.
  • Ça commence par mon numéro ICQ?? Eh bé!
  • Plus bas, je vois des champs pour Website et Interests. Je remplis ça rapidement, en pensant au plus générique.
  • Il y a aussi ma date de fête. Pas moyen de contrôler qui la voit, etc. Je l’ajoute pas.
  • J’enregistre les autres modifications.
  • Et j’essaie de changer mon avatar.
  • Il y a pas de bouton pour uploader.
  • Ça passe par une Gallery, mais il y a rien dedans.
  • Je laisse tomber, même si je sais bien que les geeks de xkcd sont du genre à rire de toi si t’as un profil générique.
  • Je quitte le site un peu frustré, sans vraiment avoir l’impression que je vais pouvoir commencer une conversation là-dessus.

Deuxième scénario.

J’arrive sur un site qui supporte Disqus (par exemple Mashable).

  • Je peux envoyer un commentaire en tant que guest.

You are commenting as a Guest. Optional: Login below.

Donc, si je veux seulement laisser un commentaire anonyme, c’est tout ce que j’ai à faire. «Merci, bonsoir!»

Même sans me brancher, je peux faire des choses avec les commentaires déjà présents (Like, Reply).

Mais je peux aussi me brancher avec mes profils Disqus, Facebook (avec Facebook Connect), ou Twitter (avec OAuth). Dans chaque cas, si je suis déjà branché sur ce compte dans mon browser, j’ai juste à cliquer pour autoriser l’accès. Même si je suis pas déjà branché, je peux m’identifier directement sur chaque site.

Après l’identification, je reviens tout de suite à la page où j’étais. Mon avatar s’affiche mais je peux le changer. Je peux aussi changer mon username, mais il est déjà inscrit. Mon avatar et mon nom sont liés à un profil assez complet, qui inclut mes derniers commentaires sur des sites qui supportent Disqus.

Sur le site où je commente, il y a une petite boîte avec un résumé de mon profil qui inclut un décompte des commentaires, le nombre de commentaires que j’ai indiqué comme “likes” et des points que j’ai acquis.

Je peux envoyer mon commentaire sur Twitter et sur Facebook en même temps. Je peux décider de recevoir des notices par courriel ou de m’abonner au RSS. Je vois tout de suite quel compte j’utilise (Post as…) et je peux changer de compte si je veux (personnel et pro, par exemple). Une fois que j’envoie mon commentaire, les autres visiteurs du site peuvent voir plus d’infos sur moi en passant avec la souris au-dessus de mon avatar et ils peuvent cliquer et avoir un dialogue modal avec un résumé de mon compte. Ce résumé mène évidemment sur le profil complet. Depuis le profil complet, les gens peuvent suivre mes commentaires ou explorer divers aspects de ma vie en-ligne.

Suite à mon commentaire, les gens peuvent aussi me répondre directement, de façon anonyme ou identifiée.

J’ai donc un profil riche en deux clics, avec beaucoup de flexibilité. Il y a donc un contexte personnel à mon commentaire.

L’aspect social est intéressant. Mon commentaire est identifié par mon profil et je suis identifié par mes commentaires. D’ailleurs, la plupart des avatars sur Mashable sont des vraies photos (ou des avatars génériques) alors que sur le forum xkcd, c’est surtout des avatars «conceptuels».

Ce que xkcd propose est plus proche du “in-group”. Les initiés ont déjà leurs comptes. Ils sont “in the know”. Ils ont certaines habitudes. Leurs signatures sont reconnaissables. L’auteur de la bd connaît probablement leurs profils de ses «vrais fans». Ces gens peuvent citer à peu près tout ce qui a été envoyé sur le site. D’ailleurs, ils comprennent toutes les blagues de la bd, ils ont les références nécessaires pour savoir de quoi l’auteur parle, que ça soit de mathématiques ou de science-fiction. Ils sont les premiers à envoyer des commentaires parce qu’ils savent à quel moment une nouvelle bd est envoyée. En fait, aller regarder une bd xkcd, ça fait partie de leur routine. Ils sont morts de rire à l’idée que certains ne savent pas encore que les vraies blagues xkcd sont dans les alt-text. Ils se font des inside-jokes en tout genre et se connaissent entre eux.

En ce sens, ils forment une «communauté». C’est un groupe ouvert mais il y a plusieurs processus d’exclusion qui sont en action à tout moment. Pour être accepté dans ce genre de groupe, faut faire sa place.

 

Les sites qui utilisent Disqus ont une toute autre structure. N’importe qui peut commenter n’importe quoi, même de façon anonyme. Ceux qui ne sont pas anonymes utilisent un profil consolidé, qui dit «voici ma persona de web social» (s’ils en ont plusieurs, ils présentent le masque qu’ils veulent présenter). En envoyant un commentaire sur Mashable, par exemple, ils ne s’impliquent pas vraiment. Ils construisent surtout leurs identités, regroupent leurs idées sur divers sujets. Ça se rapproche malgré tout de la notion de self-branding qui préoccupe tant des gens comme Isabelle Lopez, même si les réactions sont fortes contre l’idée de “branding”, dans la sphère du web social montréalaisn (la YulMob). Les conversations entre utilisateurs peuvent avoir lieu à travers divers sites. «Ah oui, je me rappelle d’elle sur tel autre blogue, je la suis déjà sur Twitter…». Il n’y a pas d’allégeance spécifique au site.

Bien sûr, il peut bien y avoir des initiées sur un site particulier. Surtout si les gens commencent à se connaître et qu’ils répondent aux commentaires de l’un et de l’autre. En fait, il peut même y avoir une petite «cabale» qui décide de prendre possession des commentaires sur certains sites. Mais, contrairement à xkcd (ou 4chan!), ça se passe en plein jour, mis en évidence. C’est plus “mainstream”.

Ok, je divague peut-être un peu. Mais ça me remet dans le bain, avant de faire mes présentations Yul– et IdentityCamp.

Vague expérience

Bon, ça fait déjà quelques temps que je suis sur Google Wave alors il me faudrait commencer à parler de mon expérience. J’ai pris pas mal de notes et j’ai remarqué des tas de choses. Mais vaut mieux commencer par quelques petits points…

J’écrivais une réponse à une amie sur Facebook dont les amis tentaient d’en savoir plus à propos de Wave. Et ça m’a donné l’occasion de mettre quelques idées en place.

 

Wave est un drôle de système. Comme Twitter lors des premières utilisations, c’est difficile de se faire une idée. Surtout que c’est une version très préliminaire, pleine de bogues.

Jusqu’à maintenant, voici les ressources que j’ai trouvé utiles:
http://lifehacker.com/5376138/google-wave-101
http://danieltenner.com/posts/0012-google-wave.html

(Oui, en anglais. Je traduirai pas, à moins qu’il y ait de la demande.)

Le guide suivant risque en effet d’être le plus complet. Je l’ai pas encore lu…
http://completewaveguide.com/

Sinon, version relativement courte…
Wave est un outil de communication basé sur la notion que les participants à l’événement de communication (la discussion, dions) ont accès à un contenu centralisé. Donc, plutôt que d’échanger des courriels, on construit une “wave” qui peut contenir des tas de choses. On pense surtout au texte mais le contenu est très flexible.
Quelques forces…
– On passe du temps réel au mode asynchrone. Donc, on peut commencer une conversation comme si c’était un échange de courriels puis se faire une séance de clavardage dans le même contenu et retourner au mode courriel plus tard. Très utile et exactement le genre de truc dont plusieurs ont besoin, s’ils échangent des idées à propos de contenus.
– Comme Wiki, SubEthaEdit ou même Google Docs, c’est de l’écriture collaborative. Donc, on peut facilement construire du contenu avec plusieurs autres personnes. Le système permet un suivi plus facile que sur un Wiki ou avec Google Docs.
– La gestion des accès est incroyablement facile. En ce moment, on ne peut pas retirer quelqu’un qu’on a ajouté à une “wave”, mais c’est vraiment très facile de spécifier qui on veut ajouter comme participants à une “wave” ou même à une plus petite section. Donc, on peut conserver certaines choses plus privées et d’autres presque publiques. Ça semble simple, mais c’est assez important, comme changement. On peut créer des listes ad hoc comme si on décidait soudainement de faire équipe.
– C’est une architecture ouverte, avec la possibilité de créer des outils pour transformer les contenus ou pour ajouter d’autres choses (cartes, contenus interactifs, sondages…). Du genre widgets, mais ça va plus loin. Et ça motive le monde des développeurs. L’idée, c’est que le système permet d’être étendu de façon inattendue.
– C’est si nouveau et relativement limité dans le nombre d’utilisateurs qu’on en est à une phase où tout le monde essaie d’expérimenter et accepte de répondre à toute question.

– Il n’y a pour l’instant pas de pourriel.

Bon, c’est déjà pas si court… 😉

Si vous avez des questions, faites-moi signe. Si vous êtes déjà sur Wave, je suis enkerli et informalethnographer (dans les deux cas, c’est @googlewave.com).

Présence féminine et culture geek (Journée Ada Lovelace) #ald09

En 2009, la journée de la femme a été hypothéquée d’une heure, dans certaines contrées qui sont passées à l’heure d’été le 8 mars. Pourtant, plus que jamais, c’est aux femmes que nous devrions accorder plus de place. Cette Journée internationale en l’honneur d’Ada Lovelace et des femmes dans les domaines technologiques est une excellente occasion pour discuter de l’importance de la présence féminine pour la pérennité sociale.

Pour un féministe mâle, le fait de parler de condition féminine peut poser certains défis. Qui suis-je, pour parler des femmes? De quel droit pourrais-je m’approprier de la parole qui devrait, selon moi, être accordée aux femmes? Mes propos ne sont-ils pas teintés de biais? C’est donc d’avantage en tant qu’observateur de ce que j’ai tendance à appeler la «culture geek» (voire la «niche geek» ou la «foule geek») que je parle de cette présence féminine.

Au risque de tomber dans le panneau du stéréotype, j’oserais dire qu’une présence accrue des femmes en milieu geek peut avoir des impacts intéressants en fonction de certains rôles impartis aux femmes dans diverses sociétés liées à la culture geek. En d’autres termes, j’aimerais célébrer le pouvoir féminin, bien plus fondamntal que la «force» masculine.

Je fais en cela référence à des notions sur les femmes et les hommes qui m’ont été révélées au cours de mes recherches sur les confréries de chasseurs, au Mali. En apparence exclusivement mâles, les confréries de chasseurs en Afrique de l’ouest accordent une place prépondérante à la féminité. Comme le dit le proverbe, «nous sommes tous dans les bras de nos mères» (bèè y’i ba bolo). Si le père, notre premier rival (i fa y’i faden folo de ye), peut nous donner la force physique, c’est la mère qui nous donne la puissance, le vrai pouvoir.

Loin de moi l’idée d’assigner aux femmes un pouvoir qui ne viendrait que de leur capacité à donner naissance. Ce n’est pas uniquement en tant que mère que la femme se doit d’être respectée. Bien au contraire, les divers rôles des femmes ont tous à être célébrés. Ce qui donne à la maternité une telle importance, d’un point de vue masculin, c’est son universalité: un homme peut ne pas avoir de sœur, d’épouse ou de fille, il peut même ne pas connaître l’identité précise de son père, il a au minimum eu un contact avec sa mère, de la conception à la naissance.

C’est souvent par référence à la maternité que les hommes conçoivent le respect le plus inconditionnel pour la femme. Et l’image maternelle ne doit pas être négligée, même si elle est souvent stéréotypée. Même si le terme «materner» a des connotations péjoratives, il fait appel à un soi adapté et sans motif spécifique. La culture geek a-t-elle besoin de soins maternels?

Une étude récente s’est penchée sur la dimension hormonale des activités des courtiers de Wall Street, surtout en ce qui a trait à la prise de risques. Selon cette étude (décrite dans une baladodiffusion de vulgarisation scientifique), il y aurait un lien entre certains taux d’hormones et un comportement fondé sur le profit à court terme. Ces hormones sont surtout présentes chez de jeunes hommes, qui constituent la majorité de ce groupe professionnel. Si les résultats de cette étude sont valables, un groupe plus diversifié de courtiers, au niveau du sexe et de l’âge, risque d’être plus prudent qu’un groupe dominé par de jeunes hommes.

Malgré d’énormes différences dans le détail, la culture geek a quelques ressemblances avec la composition de Wall Street, du moins au point de vue hormonal. Si l’appât du gain y est moins saillant que sur le plancher de la Bourse, la culture geek accorde une très large place au culte méritocratique de la compétition et à l’image de l’individu brillant et tout-puissant. La prise de risques n’est pas une caractéristique très visible de la culture geek, mais l’approche «résolution de problèmes» (“troubleshooting”) évoque la décision hâtive plutôt que la réflexion approfondie. Le rôle du dialogue équitable et respectueux, sans en être évacué, n’y est que rarement mis en valeur. La culture geek est «internationale», en ce sens qu’elle trouve sa place dans divers lieux du Globe (généralement définis avec une certaine précision en cebuees névralgiques comme la Silicon Valley). Elle est pourtant loin d’être représentative de la diversité humaine. La proportion bien trop basse de femmes liées à la culture geek est une marque importante de ce manque de diversité. Un groupe moins homogène rendrait plus prégnante la notion de coopération et, avec elle, un plus grand soucis de la dignité humaine. Après tout, le vrai humanisme est autant philogyne que philanthrope.

Un principe similaire est énoncé dans le cadre des soins médicaux. Sans être assignées à des tâches spécifiques, associées à leur sexe, la présence de certaines femmes-médecins semble améliorer certains aspects du travail médical. Il y a peut-être un stéréotype implicite dans tout ça et les femmes du secteur médical ne sont probablement pas traitées d’une bien meilleure façon que les femmes d’autres secteurs d’activité. Pourtant, au-delà du stéréotype, l’association entre féminité et relation d’aide semble se maintenir dans l’esprit des membres de certaines sociétés et peut être utilisée pour rendre la médecine plus «humaine», tant dans la diversité que dans cette notion d’empathie raisonnée, évoquée par l’humanisme.

Je ne peux m’empêcher de penser à cette remarquable expérience, il y a quelques années déjà, de participer à un colloque académique à forte présence féminine. En plus d’une proportion élevée de femmes, ce colloque sur la nourriture et la culture donnait la part belle à l’image de la mère nourricière, à l’influence fondamentale de la sphère donestique sur la vie sociale. Bien que mâle, je m’y suis senti à mon aise et je garde de ces quelques jours l’idée qu’un monde un tant soit peu féminisé pouvait avoir des effets intéressants, d’un point de vue social. Un groupe accordant un réel respect à la condition féminine peut être associé à une ambiance empreinte de «soin», une atmosphère “nurturing”.

Le milieu geek peut être très agréable, à divers niveaux, mais la notion de «soin», l’empathie, voire même l’humanisme n’en sont pas des caractéristiques très évidentes. Un monde geek accordant plus d’importance à la présence des femmes serait peut-être plus humain que ce qu’un portrait global de la culture geek semble présager.

Et n’est-ce pas ce qui s’est passé? Le ‘Net s’est partiellement féminisé au cours des dix dernières années et l’émergence du média social est intimement lié à cette transformation «démographique».

D’aucuns parlent de «démocratisation» d’Internet, usant d’un champ lexical associé au journalisme et à la notion d’État-Nation. Bien qu’il s’agisse de parler d’accès plus uniforme aux moyens technologiques, la source de ce discours se situe dans une vision spécifique de la structure social. Un relent de la Révolution Industrielle, peut-être? Le ‘Net étant construit au-delà des frontières politiques, cette vision du monde semble peu appropriée à la communication mondialisée. D’ailleurs, qu’entend-on vraiment par «démocratisation» d’Internet? La participation active de personnes diversifiées aux processus décisionnels qui créent continuellement le ‘Net? La simple juxtaposition de personnes provenant de milieux socio-économiques distincts? La possibilité pour la majorité de la planète d’utiliser certains outils dans le but d’obtenir ces avantages auxquels elle a droit, par prérogative statistique? Si c’est le cas, il en reviendrait aux femmes, majoritaires sur le Globe, de décider du sort du ‘Net. Pourtant, ce sont surtout des hommes qui dominent le ‘Net. Le contrôle exercé par les hommes semble indirect mais il n’en est pas moins réel.

Cet état des choses a tendance à changer. Bien qu’elles ne soient toujours pas dominantes, les femmes sont de plus en plus présentes, en-ligne. Certaines recherches statistiques semblent d’ailleurs leur assigner la majorité dans certaines sphères d’activité en-ligne. Mais mon approche est holistique et qualitative, plutôt que statistique et déterministe. C’est plutôt au sujet des rôles joués par les femmes que je pense. Si certains de ces rôles semblent sortir en ligne direct du stéréotype d’inégalité sexuelle du milieu du XXè siècle, c’est aussi en reconnaissant l’emprise du passé que nous pouvons comprendre certaines dimensions de notre présent. Les choses ont changé, soit. La conscience de ce changement informe certains de nos actes. Peu d’entre nous ont complètement mis de côté cette notion que notre «passé à tous» était patriarcal et misogyne. Et cette notion conserve sa signifiance dans nos gestes quotidiens puisque nous nous comparons à un modèle précis, lié à la domination et à la lutte des classes.

Au risque, encore une fois, de faire appel à des stéréotypes, j’aimerais parler d’une tendance que je trouve fascinante, dans le comportement de certaines femmes au sein du média social. Les blogueuses, par exemple, ont souvent réussi à bâtir des communautés de lectrices fidèles, des petits groupes d’amies qui partagent leurs vies en public. Au lieu de favoriser le plus grand nombre de visites, plusieurs femmes ont fondé leurs activités sur la blogosphère sur des groupes relativement restreints mais très actifs. D’ailleurs, certains blogues de femmes sont l’objet de longues discussions continues, liant les billets les uns aux autres et, même, dépassant le cadre du blogue.

À ce sujet, je fonde certaines de mes idées sur quelques études du phénomène de blogue, parues il y a déjà plusieurs années (et qu’il me serait difficile de localiser en ce moment) et sur certaines observations au sein de certaines «scènes geeks» comme Yulblog. Lors de certains événements mettant en contacts de nombreuses blogueuses, certaines d’entre elles semblaient préférer demeurer en groupe restreint pour une part importante de la durée de l’événement que de multiplier les nouveaux contacts. Il ne s’agit pas ici d’une restriction, certaines femmes sont mieux à même de provoquer l’«effet du papillon social» que la plupart des hommes. Mais il y a une force tranquille dans ces petits regroupements de femmes, qui fondent leur participation à la blogosphère sur des contacts directs et forts plutôt que sur la «pêche au filet». C’est souvent par de très petits groupes très soudés que les changements sociaux se produisent et, des “quilting bees” aux blogues de groupes de femmes, il y a une puissance ignorée.

Il serait probablement abusif de dire que c’est la présence féminine qui a provoqué l’éclosion du média social au cours des dix dernières années. Mais la présence des femmes est liée au fait que le ‘Net ait pu dépasser la «niche geek». Le domaine de ce que certains appellent le «Web 2.0» (ou la sixième culture d’Internet) n’est peut-être pas plus démocratique que le ‘Net du début des années 1990. Mais il est clairement moins exclusif et plus accueillant.

Comme ma tendre moitié l’a lu sur la devanture d’une taverne: «Bienvenue aux dames!»

Les billets publiés en l’honneur de la Journée Ada Lovelace devaient, semble-t-il, se pencher sur des femmes spécifiques, œuvrant dans des domaines technologiques. J’ai préféré «réfléchir à plume haute» au sujet de quelques éléments qui me trottaient dans la tête. Il serait toutefois de bon ton pour moi de mentionner des noms et de ne pas consigner ce billet à une observation purement macroscopique et impersonnelle. Étant peu porté sur l’individualisme, je préfère citer plusieurs femmes, plutôt que de me concentrer sur une d’entre elles. D’autant plus que la femme à laquelle je pense avec le plus d’intensité dit désirer garder une certaine discrétion et, même si elle blogue depuis bien plus longtemps que moi et qu’elle sait très bien se débrouiller avec les outils en question, elle prétend ne pas être associée à la technologie.

J’ai donc décidé de procéder à une simple énumération (alphabétique, j’aime pas les rangs) de quelques femmes dont j’apprécie le travail et qui ont une présence Internet facilement identifiable. Certaines d’entre elles sont très proches de moi. D’autres planent au-dessus de milieux auxquels je suis lié. D’autres encore sont des présences discrètes ou fortes dans un quelconque domaine que j’associe à la culture geek et/ou au média social. Évidemment, j’en oublie des tonnes. Mais c’est un début. Continuons le combat! 😉

Mon Café Vert: séparer le bon grain de l'ivraie

Il y a déjà quelques semaines, j’ai acheté des grains de café vert (pour torréfaction maison) grâce au site MonCafeVert.com (MCV):

Mon Café Vert – Café Vert, Torréfacteurs maison, Café vert bio et Équitable.

Avant même de commencer à torréfaction, j’avais un bonne impression de cette entreprise.

Tout d’abord, la boutique en-ligne est relativement bien construite. Pas nécessairement d’un point de vue visuel (je suis pas très sensible à ça) mais d’un point de vue ergonomique. Les diverses sections du site sont clairement identifiées, le panier d’achat se met à jour automatiquement, le contenu affiché n’est pas trop «envahissant»… La boutique accepte les paiements par Paypal, ce qui est assez utile (malgré les frais). Interac en-ligne serait encore plus pratique, à mon avis.

La description des diverses variétés de café semble adéquate, bien que j’aurais personnellement aimé un peu plus de détails (origine plus précise, lavé ou naturel…). Les neuf variétés de café disponibles semblent suffisamment  différentes les unes des autres pour permettre des mélanges intéressants. Dans l’ensemble, les prix sont somme toute assez raisonnables.

MCV distribue aussi des cafetières piston (Bodum) et des torréfacteurs maison. Les torréfacteurs maison sont difficiles à trouver dans le commerce local et MCV les offrent à des prix raisonnables.

Un des plus grands avantages, d’après moi, est le fait que MCV soit une entreprise montréalaise. Pour diverses raisons, j’essaie le plus possible de faire des achats locaux et d’éviter la livraison. MCV offre la livraison gratuite à Montréal et Laval. Je préférerais pouvoir aller chercher le café directement, en métro, mais j’apprécie ce service offert par MCV.

D’ailleurs, c’est ce qui m’a le plus impressionné de MCV: non seulement ai-je obtenu la livraison gratuite à domicile pour une commande de moins de 40$, mais cette livraison a été effectuée dans des délais remarquablement courts et de façon personnalisée. Du service comme ça, c’est impressionnant!

D’ailleurs, c’est la qualité du service qui me pousse à bloguer au sujet de MCV et à faire référence au «bon grain»: du service pareil, ça mérite une reconnaissance amicale.

Ce qui m’a poussé à compléter l’expression usuelle dans le titre, c’est le fait que les grains de certaines variétés de café (le Djimmah, en particulier) sont moins bien triés que ce dont j’ai l’habitude. J’ai torréfié ces cafés à plusieurs reprises et j’ai été obligé de retirer un assez grand nombre de grains après torréfaction, ce qui est plutôt rare. Dans l’ensemble, je dirais que les grains sont d’assez bonne qualité et j’obtiens d’assez bons résultats dans la tasse. Mais j’ai obtenu de meilleurs résultats avec des grains de café vert achetés ailleurs.

N’empêche, avec un tel service, je peux pas me plaindre. Je me dois simplement d’être honnête.

Intervention médiatique helvético-québécoise

Un peu la suite (tardive) d’un billet sur la «vitalité culturelle du Québec» (qui était lui-même une suite d’un billet sur le contenu québécois), avec des liens à deux baladodiffusions: David Patry (du syndicat du Journal de Montréal) en entrevue sur Musironie et Jean-François Rioux (directeur radio à RadCan) en entrevue sur Médialogues.

Un peu plus de contexte que vous n’en désirez… 🙂

J’écoute de nombreuses baladodiffusions, en français et en anglais. En tant qu’ethnographe et en tant que  bavard invétéré, j’essaie  d’apporter mon grain de sel dans diverses conversations. Certaines baladodiffusions (entre autres celles qui proviennent du contexte radiophonique traditionnel, comme Médialogues) «donnent la parole aux auditeurs» en sollicitant des messages téléphoniques ou par courriel. Une participation beaucoup moins directe ou égalitaire que dans le média social, mais une participation sociale tout de même.

En tant que Québécois d’origine suisse, je me plais à écouter des baladodiffusions helvétiques (provenant surtout de la radio publique en Suisse-Romande, la baladodiffusion indépendante étant encore plus rare en Suisse qu’au Québec). Ça m’aide à conserver un contact avec la Suisse, ne serait-ce que par l’accent des participants. Et ça me fait parfois réfléchir aux différences entre la Suisse et le Québec (ou, par extension, aux différences entre Amérique du Nord et Europe).

J’écoute des baladodiffusions de Couleur3 et de «La première» (deux stations radiophoniques de la SRG SSR idée suisse) depuis 2005. Mais ce n’est qu’en écoutant un épisode de la baladodiffusion de Vous êtes ici de Radio-Canada, l’été dernier que j’ai appris l’existence de Médialogues, une émission de La première au sujet des médias. 

Puisque je suis en réaction contre le journalisme depuis 25 ans, la critique des médias me fascine. Médialogues n’est pas, en tant que telle, représentative de l’analyse critique des médias (elle est animée par des journalistes et les journalistes peinent à utiliser un point de vue critique sur le journalisme). Mais plusieurs interventions au cours de l’émission sont effectuées par des gens (y compris d’anciens journalistes comme Christophe Hans) dotés du recul nécessaire pour comprendre le journalisme dans son ensemble et certains journalistes qui participent à l’émission énoncent à l’occasion des idées qui peuvent être utiles à l’analyse critique du journalisme.

Soit dit en passant, au sujet du respect… Je respecte qui que ce soit, y compris ceux avec qui je suis en désaccord profond. Je peux parfois sembler irrespectueux à l’égard des journalistes mais ce n’est pas contre eux que «j’en ai». Je suis en réaction contre le journalisme mais j’apprécie les journalistes en tant que personnes. Par ailleurs, je considère que beaucoup de journalistes sont eux-mêmes irrespectueux à l’égard des non-journalistes et leur manque de respect à notre égard provoque parfois en moi certaines réactions qui peuvent ressembler à des «attaques» plus personnalisées. Mon intention est toute autre, bien évidemment, mais je prends la responsabilité pour toute méprise à ce sujet. J’ai d’ailleurs été confronté à ce genre de situation, il y a quelques mois.

Revenons donc à Jean-François Rioux, en entrevue avec les journalistes de Médialogues.

Le contexte immédiat de cette entrevue est relativement simple à comprendre: la Société Suisse Romande (portion francophone de la SRG SSR idée suisse) procède en ce moment à la fusion de ses services télévisuels, radiophoniques et Internet. C’est donc un sujet qui anime et passionne l’équipe de Médialogues (située au cœur de cette transformation). La semaine dernière, intriguée par des propos de Gérard Delaloye, (dont les interventions ont été entendues à plusieurs reprises pendant la semaine), l’équipe de Médialogues s’est penchée sur la crainte toute journalistique de la perte de diversité causée par cette fusion de diverses sections du service public. N’étant pas en mesure de contacter le directeur télévision et radio (déjà sollicité à plusieurs reprises par Médialogues, à ce que j’ai pu comprendre), l’équipe de journalistes a décidé de contacter Jean-François Rioux. Choix très logique puisque la SRC est l’équivalent très direct de la SSR (y compris la distinction linguistique) et que CBC/SRC a déjà procédé à cette fusion des médias.

Rioux était donc invité à se prononcer au sujet des effets de la fusion des moyens de communication. Là où tout prend son sens, c’est que l’équipe de Médialogues utilise le terme «convergence» pour parler de cette fusion. Ce terme est tout à fait approprié puisqu’il s’agit d’un exemple de ce qu’on appelle «la convergence numérique». Mais, en contexte canadien (et, qui plus est, québécois), le terme «convergence» est fortement connoté puisqu’il a surtout été utilisé pour désigner ce qu’on appelle «la convergence des médias»: une portion de la concentration des médias qui traite plus spécifiquement de l’existence de plusieurs organes médiatiques «multi-plateforme» au sein d’une même organisation médiatique. Contrairement à ce que certains pourraient croire (et que je me tue à dire, en tant qu’ethnolinguiste), c’est pas le terme lui-même, qui pose problème. C’est l’utilisation du terme en contexte. En parlant au directeur radio de RadCan, il est bon de connaître le contexte médiatique québécois, y compris une aversion pour la convergence des médias.

En tant qu’ethnolinguiste helvético-québécois, il était de mon devoir d’indiquer à l’équipe de Médialogues qu’une partie de cette entrevue avec Rioux était tributaire d’une acception proprement québécoise du concept de «convergence». J’ai donc envoyé un courriel à cette époque, n’étant alors pas en mesure de laisser un message sur leur boîte vocale (j’étais dans un lobby d’hôtel en préparation à une visite ethnographique).

Alors que je suis chez un ami à Québec (pour d’autres visites ethnographiques), je reçois un courriel d’Alain Maillard (un des journalistes de Médialogues) s’enquérant de mes dispositions face à une entrevue téléphonique au cours des prochains jours. Je lui ai rapidement indiqué mes disponibilités et, ce matin, je reçois un autre courriel de sa part me demandant si je serais disponible dans la prochaine heure. Le moment était tout à fait opportun et nous avons pu procéder à une petite entrevue téléphonique, de 9:58 à 10:18 (heure normale de l’est).

Malheureusement, j’ai pas eu la présence d’esprit de procéder à l’enregistrement de cette entrevue. Sur Skype, ç’aurait été plus facile à faire. Compte tenu de mon opinion sur le journalisme, évidemment, mais aussi de ma passion pour le son, j’accorde une certaine importance à l’enregistrement de ce type d’entrevue.

M’enfin…

Donc, Maillard et moi avons pu parler pendant une vingtaine de minutes. L’entrevue était proprement structurée (on parle quand même de la Suisse et, qui plus est, d’un journaliste et auteur œuvrant en Suisse). Une section portait directement sur la notion de convergence. Selon Maillard, celle-ci pourrait faire l’objet d’une diffusion de deux minutes au début de l’émission de vendredi. La seconde section portait sur mon blogue principal et se concentrait sur l’importance de bloguer dans un contexte plutôt carriériste. La troisième section portant sur un de mes «chevaux de bataille»: la musique et les modèles d’affaires désuets qui la touchent. Comme beaucoup d’autres, Maillard s’interrogeait sur les montants d’argent associés à certains produits de la musique: les enregistrement et les spectacles. Pour Maillard, comme pour beaucoup de non-musiciens (y compris les patrons de l’industrie du disque), il semble que ce soit l’accès à la musique qui se doit d’être payant. Malgré les changements importants survenus dans cette sphère d’activité para-musicale depuis la fin du siècle dernier, plusieurs semblent encore croire que La Musique est équivalente aux produits de consommations (“commodities”) qui lui sont associés. La logique utilisée semble être la suivante: si les gens peuvent «télécharger de la musique» gratuitement, comment «la musique» peut-elle survivre?  Pourtant, ce n’est pas «de la musique» qui est téléchargée, ce sont des fichiers (généralement en format MP3) qui proviennent de l’enregistrement de certaines performances musicales.

L’analogie avec des fichiers JPEG est un peu facile (et partiellement inadéquate, puisqu’elle force une notion technique sur la question) mais elle semble somme toute assez utile. Un fichier JPEG provenant d’une œuvre d’art pictural (disons, une reproduction photographique d’une peinture) n’est pas cette œuvre. Elle en est la «trace», soit. On peut même procéder à une analyse sémiotique détaillée du lien entre ce fichier et cette œuvre. Mais il est facile de comprendre que le fichier JPEG n’est pas directement équivalent à cette œuvre, que l’utilisation du fichier JPEG est distincte de (quoiqu’indirectement liée à) la démarche esthétique liée à une œuvre d’art.

On pourrait appliquer la même logique à une captation vidéo d’une performance de danse ou de théâtre.

J’ai beaucoup de choses à dire à ce sujet, ce qui est assez «dangereux». D’ailleurs, je parle peu de ces questions ici, sur mon blogue principal, parce que c’était surtout mon cheval de bataille sur le blogue que j’ai créé pour Critical World, il y a quelques temps.

Comme vous vous en êtes sûrement rendu compte, chères lectrices et chers lecteurs, je suis parti d’un sujet somme toute banal (une courte entrevue pour une émission de radio) et je suis parti dans tous les sens. C’est d’ailleurs quelque-chose que j’aime bien faire sur mon blogue, même si c’est mal considéré (surtout par les Anglophones). C’est plutôt un flot d’idées qu’un billet sur un sujet précis. Se trouvent ici plusieurs idées en germe que je souhaite aborder de nouveau à une date ultérieure. Par exemple, je pensais dernièrement à écrire un billet spécifiquement au sujet de Médialogues, avec quelques commentaires sur la transformation des médias (la crise du journalisme, par exemple). Mais je crois que c’est plus efficace pour moi de faire ce petit brouillon.

D’ailleurs, ça m’aide à effectuer mon «retour de terrain» après mes premières visites ethnographiques effectuées pour l’entreprise privée.

Média social et durable

Fichier de présentation pour une petite séance de «lancement d’idée» à propos des médias sociaux et du développement durable. Il semble y avoir un certain intérêt pour l’utilisation des médias sociaux dans des contextes de changements sociaux (y compris le mouvement vers le développement durable). Je compte revenir sur des sujets similaires à plusieurs reprises et cette petite présentation était une première tentative dans cette direction.

[slideshare id=982544&doc=socialdurable1-1233629297117669-2]

viaMédia social et durable.

Langue de bois et ethnographie

J’ai récemment eu l’occasion de penser à ce qu’on appelle la «langue de bois». D’ailleurs, cette expression me motive à écrire ce billet en français. Je sais pas exactement comment dire la même chose en anglais, même si le concept est évidemment connu des Anglophones.

Ce qui m’a poussé à penser à la «langue de bois», c’est cette entrevue, réalisée par Jesse Brown de la baladodiffusion Search Engine de Radio-Canada anglais (CBC) avec un porte-parole de Telus:

Search Engine | CBC Radio | Podcast #16 is up .

D’après moi, cette entrevue est assez représentative de la «langue de bois». Telus fait un geste intéressant, en permettant à un de ses représentants de parler «ouvertement» dans le cadre d’une baladodiffusion. Mais le contenu et le ton de cette entrevue révèlent ce qui est, selon moi, un problème fondamental de certaines entreprises en ce qui a trait aux «relations publiques». Plutôt que d’admettre qu’il y a une différence d’opinion entre Telus (ou Bell) et les utilisateurs de messagerie sur cellulaire, ce porte-parole utilise une rhétorique que je considère tortueuse pour convaincre les auditeurs (et l’intervieweur) du bien-fondé des actions de son entreprise.

C’est, selon moi, une stratégie peu appropriée au domaine actuel. Ça ressemble étrangement à la politique de l’autruche et ça n’aide en rien au rétablissement de liens de confiances entre Telus et le public.

Je suis rarement aussi direct, dans mes propos au sujet d’une stratégie. En fait, mes propos sont probablement plus «forts» que ce que je crois vraiment. Outre la frustration par rapport au coût prohibitif des messages entrants sur Bell Mobilité (qui m’a poussé à cesser d’utiliser un cellulaire de Bell), je n’ai que peu d’intérêt réel pour la question précise des rapports entre Telus et ses clients. Mais j’accorde davantage d’importance aux relations publiques, intéressé comme je suis en ce qui a trait à la recherche auprès des consommateurs (“consumer research”).

C’est que je suis en pleine réorientation professionnelle. J’ai récemment obtenu un contrat auprès de la firme Idea Couture de Toronto en tant qu’«ethnographe francophone autonome» (“French-speaking freelance ethnographer”). Pour ce contrat, je fais affaire avec Morgan Gerard qui, en plus d’être ethnographe, est aussi blogueur. J’intègre désormais certaines de mes activités de média social avec mon expertise en tant qu’ethnographe. Je souhaite d’ailleurs renforcer ce lien et éventuellement obtenir divers contrats en tant qu’ethnographe spécialisé en média social. Ce premier contrat d’ethnographe autonome n’est pas directement lié au média social et la principale méthode de recherche utilisée est basée sur des visites à domicile, auprès de familles québécoises diverses. J’aimerais effectuer d’autres recherches du même type dans le futur mais je vois aussi certaines extensions plus près du média social.

En préparation à ce travail contractuel, je me suis lancé dans la lecture de certains textes liés à l’utilisation de l’anthropologie et/ou de l’ethnographie dans le contexte des études de marché ou autres sphères d’activités du domaine privé. C’est un peu une façon pour moi de me «baigner» dans l’anthropologie et l’ethnographie appliquées, de réellement devenir ce type de chercheur, d’«assumer mon statut» d’ethnographe autonome.

Un livre qui m’a été conseillé, et que j’ai lu dernièrement, est Doing Anthropology in Consumer Research, de Sunderland et Denny. Je crois que l’aspect ethnolinguistique de cet ouvrage est ce qui a plu à John McCreery puisqu’il est, tout comme moi, actif dans l’étude ethnographique du langage. D’ailleurs, plusieurs dimensions de Doing Anthropology ont titillé non seulement mon sens de l’anthropologie linguistique mais aussi mon sens de la sémiotique. Ces chercheuses utilisent une approche très compatible avec la mienne puisqu’elle joint l’ethnographie à l’étude de la signifiance. McCreery aurait difficilement pu mieux tomber.

Ce livre me donne aussi un avant-goût des questions débattues par les ethnographes du domaine privé. Je perçois entre autres un sentiment d’incompréhension, de la part des ethnographes du milieu académique. Et un certain embarras face aux questions épineuses touchant à l’identité sociale, voire à la notion d’ethnicité. D’un point de vue ethnographique large, j’ai reconnu dans ce texte des sujets importants de l’ethnographie contemporaine. Au-delà de mon travail pour Idea Couture, j’ai trouvé des pistes pour m’aider à expliquer l’ethnographie à des gens d’autres sphères d’activité.

Et, pour terminer par un retour sur la «langue de bois» de Telus, j’y ai lu des choses très intéressantes au sujet de politiques inefficaces de relations publiques qui, tout comme ce porte-parole de Telus, se concentrent sur une rhétorique hermétique plutôt que de faire preuve de transparence et d’humilité.

Je reviendrai certainement à tout ça très bientôt.